Attention : ce commentaire concerne la version de l'Opéra de Paris, bien qu'il se trouve associé (par je ne sais quel mystère) à celle de la Scala de Milan !
Alors qu'on peine à trouver un DVD correct pour certains grands ballets du répertoire, l'amateur qui voudrait voir « Giselle » n'a que l'embarras du choix. Les récentes versions de la Scala (avec Zvetlana Zakharova), de Royal Ballet (avec Alina Cojocaru) ou de l'Opéra de Paris sont toutes excellentes, et ne se distinguent que par des détails, les trois utilisant la classique chorégraphie Coralli-Perrot-Petipa. (Toutes sont très bien filmés, avec une image et un son superbes, et ne peuvent être départagés par la qualité technique du DVD.)
Si la Scala propose avec Zakharova une Giselle insurpassable (et qui devrait être classée « hors-concours », tant elle place la barre haut pour toutes les autres ballerines), le spectacle proposé par l'Opéra de Paris est globalement un des plus réussis et équilibrés qui puisse être, avec :
- de magnifiques costumes et de beaux décors (bien que les deux chaumières de l'acte I soient un peu plates, et n'aient guère l'air de vraies maisons),
- très bel éclairage (le début de l'acte II, avec les rayons de la lune dans la brume, est assez saisissant),
- le corps de ballet parisien est, faut-il le rappeler, un des trois meilleurs au monde, et fait ici honneur à sa réputation, tant dans les danses paysannes de l'acte I que pour les évolutions des Wilis à l'acte II),
- le long pas de deux des jeunes paysans, s'il ne fait pas avancer l'action d'un pouce, est un vrai bonheur lorsqu'il est dansé avec autant de finesse (bravo à Myriam Ould-Braham et Emmanuel Thibault !),
- la mise en scène de Patrice Bart et Eugène Polyakov est très soucieuse de clarifier l'action, dont la progression est limpide (à condition bien sûr d'avoir quelque habitude des gestes très codifiés de la pantomime),
- la chorégraphie des passages intermédiaires, la façon dont les personnages se disposent en groupes à l'acte I, tout cela est d'une très grande élégance, et procure un réel plaisir esthétique.
Pour ce qui est des trois principaux rôles :
- Marie-Agnès Gillot (Myrtha, la reine des Wilis) semble en très petite forme physique, presque indisposée, et sa performance manque ici de l'autorité que requiert le rôle.
- Nicolas Le Riche, magnifique athlète avec une grande présence, est un très bon Albrecht, puissant et dramatique. À la fin de l'acte II, lorsque Myrtha lui ordonne de danser jusqu'à épuisement, il semble en effet épuisé après trente entrechats six consécutifs (c'est moins que Roberto Bolle qui poussait jusqu'à trente-six, mais c'est quand même énorme, et dramatiquement très efficace).
- Laëtitia Pujol a une grande technique, un style précis et piquant, un réel talent d'actrice. Sa prestation, intelligente et sans bavure, est d'autant plus méritoire qu'elle n'est pas naturellement la plus lyrique des danseuses.
- Ajoutons enfin que, si le spectacle filmé donne à voir autrement qu'aux spectateurs de la salle, il montre aussi que les deux principaux danseurs ont dépassé la trentaine. Ce n'est certes pas l'âge canonique, mais c'est beaucoup pour des tourtereaux du Moyen-Âge, de sorte que l'on ne peut pas croire totalement aux personnages, malgré tout le talent des danseurs.