Elle ose intituler la dixième chanson de ce deuxième album « Á La Recherche De Hemingway », et évoquer, en français dans le texte (et sur un ton charmeur qui n’est pas sans évoquer la Jean Seberg d’Á bout de souffle, vendant le Herald Tribune sur les Champs-Élysées), un écrivain américain emblématique (et le Paris d’une certaine époque), qui aurait eu le bon goût de conserver des années durant une arme à feu enveloppée dans la petite culotte d’Ava Gardner. Alors, forcément (le jazz, davantage comme une atmosphère qu’un rythme swing, les années 20 de la capitale, le Pré-aux-Clercs, l’appartement de Gertrude Stein, et toutes ces sortes de choses), on s’empresse, paresseux sur le coup, d’évoquer l’adorable et talentueuse Madeleine Peyroux.
Grosse erreur. Birdpaula (on choisit les pseudonymes qu’on peut) est américaine, et amoureuse de Paris, mais le parallèle s’arrête là. Originaire du Tennessee, vivant sa petite enfance à Chicago puis dans le New Hampshire, son apprentissage de la musique se fait sagement, dans une répartition équitable entre les bonnes manières de la musique classique, et les bonnes manières du jazz (elle fut élève du pianiste Jeff Gardner, pionnier du rapprochement entre musique contemporaine et une musique plus régulièrement syncopée). Mais elle n’abandonne pas son chevalet et ses couleurs, se consacrant à parité à la peinture.
En 2003, tout en fournissant quelques partitions bien senties et tout aussi illustratives à la télévision nationale, elle commet quelques apparitions sur le premier album – electro – de son fils, Jackson Fourgeaud (dont l’immarcescible single « Radio Caca »). C’est à cette occasion qu’elle rencontre le démiurge, musicien et producteur Marc Collin, qui l’entraîne in petto en 2005 dans le projet Nouvelle Vague, puis lui présente Renaud Létang (de Téhéran à la France, un producteur exposé, aux côtés de Manu Chao, ou Alain Souchon), et lui offre les moyens d’enregistrer un premier album. Vous avez raté celui-ci ? Pas grave : nous aussi.
En revanche, on n’est pas prêt de lâcher celui-là, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus : un tempo bondissant comme un chevreau ivre de sa jeunesse, l’élégance de la forme classique des chansons, des couleurs mode ou décharnées suivant l’occasion, l’atmosphère de tous ces disques qui grattent (le faux charleston de « Picnic Party », il est vrai à rapprocher des claquements de doigts induits de Pink Martini), et, surtout, une voix blanche comme les nuits, rêveuse et en suspension (la magnifique ballade « Chicago » illuminée de cordes et vents, comme une promenade onirique). Birdpaula met de la distinction dans notre quotidien, et fait en sorte que nos jours soient aussi beaux que nos nuits, sur le droit fil (et la ligne étroite) d’une variété dont le canon serait Norah Jones, voire une early Sade.
Entre country, jazz et pop, se tient timidement Birdpaula. Tendons-lui attentivement, et précautionneusement, la main : il serait bien dommage qu’elle s’envole pour des ailleurs silencieux.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story
Birdpaula peint depuis son plus jeune âge, tout comme elle photographie, filme, écrit, joue du piano ou du ukulélé.. ce qui lui permet de composer toutes les musiques et d'écrire tous les textes de son disque remarquablement mis en cadre par Renaud Letang, magicien qu'on ne présente plus. De la Pennsylvanie où ses grands-parents anglais élurent domicile aux champs du Tennessee, de New York à Londres, où elle traîne ses vingt ans de mannequin croisant Hendrix, Marc Bolan et autres légendes, c'est à Paris qu'elle se pose. Aujourd'hui, et grâce à une apparition sur l'album de son fils, Jackson and his Computer Band, elle s'affranchit et opte pour la « voie » royale. Celle d'un album qui, à l'écouter tendrement et attentivement, finit par nous envahir d'un sentiment de vulnérabilité puissante, nous recouvrant en abondance d'un charme particulier. Marvin au levé, Janis au crépuscule, les 70's en fleurs de lys et Birdpaula à l'arrivée!