Une belle démonstration de spécificité sonore que l'orchestre de Stokowski (alors entre les mains d'Eugene Ormandy) cultivait avec fierté : "the Philadelphia Sound". Grande homogénéité du pupitre des cordes. Une belle assise des graves avec une intégration et un équilibre des cordes aiguës dans la filiation timbrale des contrebasses et violoncelles. C'est un son plutôt ouaté, loin de l'opulence du son berlinois de Karajan... Les bois se posent avec netteté sur ce socle, renforçant énormément leur rôle de soliste.
Cela est absolument merveilleux dans les pièces à "bricolage néo-baroque-rococo" de Respighi et de Tommasini. On ne se pose plus la question de l'authenticité historique de leur posture respective, on s'en moque même. En revanche, on apprécie plus immédiatement l'imagination et la vivacité de l'orchestration, dont la virtuosité s'impose sans scrupule. Qu'importe si le clavecin tricote comme un vieux Pleyel, qu'importe si la flûte joue la bergère volage, qu'importe ces clichés éculés d'un baroque de pacotille... La qualité des instrumentistes de l'orchestre nous gratifie d'un "spectacular sound" qui satisfait toutes nos attentes hédonistes.
Les "Vetrate di chiesa" jouent dans une autre cour. Plus prétentieuses, ces pages ne se sont pas imposées comme l'un des trois poèmes symphoniques romains. Il y a même un peu de recette facile... Le final évoquant Saint Grégoire voudrait bien réitérer l'idée géniale du crescendo des Pins de la voie Apienne... Mais il n'y a rien de pire qu'un génie qui se copie ! C'est pompeux, grandiloquent, boursoufflé. Le gloria de la messe des anges est trituré dans tous les sens, même les plus farfelus et laisse une désagréable impression de forceps tendu à l'extrême. Ormandy défend magnifiquement des pages surfaites.
Les trois premiers vitraux sont en revanche bien supérieurs. La fuite en Egypte réussit même intelligemment à mettre en regard le style grégorien et le style oriental, rappelant implicitement de lointaines origines culturelles communes. Le Saint Michel Archange préfigure un style hollywoodien et l'orchestre américain d'Ormandy ne résiste pas à la tentation d'un "spectacular sound" ! Mais ne jouons pas avec les clichés éculés : l'interprétation de ce disque est d'excellente tenue... un "cadeau" presque inespéré pour ces pages !