Jesse Malin était arrivé comme un magnifique objet non identifié. Cet américain se réclamait à la fois de Bruce Springsteen et des immenses Clash dont il reprenait le Death or glory avec une classe inouïe. Non, Américain ne veut pas forcément dire mauvais hard rock et pantalons sous vide avec tatouages dans la rubrique people des magazines du même nom. Un Choc, donc, que ce Wendy EP Vint ensuite lexcellent Fine art of self destruction, qui tourna ici en boucle jusquà saturation, ce qui, chers petits amis, marrive rarement vu mon âge avancé (cest pas drôle). Cest que loreille se fait plus difficile à flatter, elle sendurcit un peu et que, pour souscrire au verdict du magnifique article de mon ami A.B (??), je naime pas que le rock se refile de père en fils comme un mandat ou une charge de notaire encravaté (Des noms? Daccord: Naast, Plastiscines, BP Zoom, etc).
Enchanté, on attendit alors comme dans les belles histoires le toujours difficile deuxième album: cest quon porte le premier en soi pendant 25 ans et quon écrit le deuxième en deux ans. Requiem pour un sabotage ou comment écraser un album avec une mauvaise production, The Heat est raté, complètement, production écrasante (au sens premier du terme) et chansons aux riffs piqués au hasard dans le grand catalogue du rockn'roll.
Et le bonhomme revient, et le disque est magnifique, et il tourne en boucle, et ses paroles sont redevenues mordantes et intelligentes, et la production est fine et aérienne, et le boss lui même est venu chanter sur lalbum, lui qui avait tant aidé à lancer le premier disque. Dans la grande lignée des Replacements et de Paul Westerberg, ce folk rock nerveux est dense et magnifique. Rien de gratuit, tout touche et porte. Nerveux, racé, musclé, pas de gonflette. Lexcellent Christophe Goffette, rédac chef de lexcellent Crossroads, résumait parfaitement laffaire dans le dernier numéro du magazine en sadressant directement à Jesse, droit dans les yeux et sans concession (comme on fait une interview quoi, pas en servant la soupe à lAaaaaaaaaaaaaartiste) : Sur The Heat, tu semblais plus disperséJe trouvais tes chansons assez faciles, peu inspirées, comme si tu narrivais plus à doser correctement, punk, rock et folk. Pan.
Totalement retrouvé ici, Jesse réussit à faire TOUT sonner magnifiquement dans la grande tradition des buskers américains, les troubadours dont lhistoire commence avec Woody Guthrie et continue avec ces gens, jeunes et moins jeunes, qui perpétuent avec magie le son du bois qui craque et des pianos qui résonnent. Aucune frime inutile ici Je déteste ces disques où il y a huit couches de guitares, des pistes dans tous les coins. Ca ne sert strictement à rien. On pense au magicien Ron Sexsmith, à Tom Petty, à Peter Elkas aussi, à tous ces songwriters capables de faire surgir sous nos yeux un court métrage, une scène de cinéma par la grâce de lécriture, au meilleur de Springsteen, assis seul au piano pendant ses concerts par exemple.
Fuyez cet album si vous aimez les solos de 17 minutes avec des trucs infaisables partout, ceux des shredders, les déchiqueteurs de manche (Burps?). On parle ici de ce qui nous relie tous, dhumanité quoi. Jesse Malin me fait sentir plus humain, il me parle et me touche.
A mon humble avis.
Yann Viseur