Going where the Tea-Trees Are a la chance de posséder la spontanéité du premier album… sans les erreurs qui vont avec. « Peter est un orfèvre au service de la chanson », dit de lui Marie Modiano. Nous avons ici affaire à un bijou de folk douce et quelquefois jazzy, à un diamant à douze carats – un pour chacune de ces chansons oniriques, touchantes, mélodieuses, romantiques, graves, légères, etc.
L’ouverture de l’album, le sublime
« Going to Where the Tea Trees Are », est sans doute une des plus belles chansons écrites depuis des années. Les autres titres n’ont pas à être jaloux : on sourit sur
« Global Conspiracy », on succombe en entendant la fragilité du chant de
« Story Of the Impossible », on est bercé par les
« Tooth Fairy I et II ».
Le tout porté par une instrumentation riche (cordes, du saxophone, des tubas, des flûtes), toujours pertinente, et des arrangements délicats. L’album a failli s’appeler
Mummenschanz : « troubadour », idée logique puisqu’il est ici souvent question d’errance, de la difficulté à se trouver une place dans un nouveau pays, la difficulté et le bonheur de retourner aux sources.
Peter von Poehl dit d’ailleurs s’être inspiré des chansons de Noël de son enfance, ce qui n’est guère surprenant.
Going Where the Tea-Trees Are détient ce quelque chose de ces contes de fées enneigés et de ces forêts peuplés de lutins et autres
« Little Creatures »… que qu’il chante de sa voix haut perchée et quelquefois vacillante.
L’ennui pourrait poindre au milieu de tant de bienséance musicale. Mais dans
« The Lottery » , lorsque von Poehl demande sans cesse à son auditeur ce que cela pourrait lui faire de si important de gagner au loto, on sourit de l’absurdité de cette question existentielle.
Peter von Poehl a de l’humour malgré ses qualités de parolier poétiquement correct. Et c’est sur les roulements de tambour et l’omniprésence des cuivres de
« The Bell Toll Five » que se conclut ce disque lumineux et mémorable.
Sophie Rosemont - Copyright 2012 Music Story