Revenu des morts Mark Linkous, après une overdose de valium et d'antidépresseurs qui lui laissera une jambe dans un triste état. Pas tout à fait parti, pas tout à fait revenu, comme si sa présence flottait parmi les vivants tel un spectre, entre deux mondes, comme toujours avec lui. Cyclothymie, entre l'ouverture sur "Pig", saturé et agressif, et la sublime ballade "Painbirds", lancinante et entêtante, avec une trompette comme une caresse. Toujours lo-fi, mais plus riche encore, Linkous multiplie les instruments, les boucles, les craquements, les filtres, pour ouvrir un espace entre les morts et les vivants, un son comme venant d'outre tombe, l'harmonium du morceau éponyme, où la radio maladive et inquiétante qui rechigne à faire entendre "Happy Man", aux riffs acérés. "Hundreds of Sparrow", complètement bricolo et saturé, "Cruel Sun" côté noise rock à la voix déformée. Et quelques chansons évidentes, "Sick of Goodbyes" et son refrain qui tue, l'apaisé "Sunshine", telle une berceuse avec cordes et bruissements de claviers flous. Linkous et son hommage bouleversant à l'hopital de "Saint Mary", où sa vie fut sauvé, voix à la limite de la brisure, guitare au ralenti accompagnée de quelques notes de piano et de cordes pleurant des larmes de reconnaissances. Autre hommage, à un fou génial, Daniel Johnston, dont il reprend "Hey, Joe", tout en émotion contenue, avec quelques craquements de vinyles et de scratches en arrière. Ambiance générale feutrée par les claviers de toute sorte, les vibraphones, et une voix plus tout à fait de ce monde, "Come on In". Parfois on ne sait si on peut se glisser dans des draps douillets, ou sangloter sous le poids d'une mélancolie infinie et inexplicable, "All Night Home", et sa dérive cotonneuse. Si il garde quelques traces de son pays, de folk humaniste, "Maria's Little Elbow", la musique de Linkous ressemble de moins en moins à l'Amérique et de plus en plus à son propre cerveau, album cérébral et sous sédatif, rassuré pour un instant seulement, passant de la colère à la joie de vivre en quelques secondes, à la contemplation d'un monde qui a failli déjà partir en vrille pour disparaître. "Junebug" laisse une dernière trace de cette contemplation émerveillée de la vie, triste et belle, dernière ballade un peu country, un peu crépusculaire. Un médicament auditif pour les coeurs qui brûlent un peu trop, les esprits ne trouvant le calme nul part que dans de petites pilules.