Cela fait maintenant des décennies que l'industrie du disque a vendu son âme au diable des distributions internationales où tout le monde chante n'importe quoi pourvu que des noms ronflants fleurissent sur les pochettes. L'opéra français demeurant mondialement marginal, notre école nationale de chant s'en est retrouvé de facto étouffée et nous sommes régulièrement confrontés à des interprètes peut-être illustres, mais dont le français nous échappe. Faut-il être bon public pour ne pas s'esclaffer quand tel ténor avoue non pas avoir 'tué' mais 'touyé' (qui s'écrit 'touillé' dans la langue de Molière) Carmen: 'C'est moi qui l'ai touillée' entend-on couramment...
Tout ceci pour vous faire comprendre la valeur de cet enregistrement idiomatique qui bénéficie de surcroît d'une prise de son stéréo correcte. La diction est pour une fois irréprochable, au point que l'on s'étonnerait presque, vu le contexte, que les protagonistes n'aient point l'accent provençal; et comme la voix de Renée Doria fait merveille dans le rôle titre, que Robert Massard est impressionnant en Ourrias, que Solange Michel nous offre une Taven proprement idéale, que les autres personnages sont parfaitement incarnés et que les choeurs et l'orchestre symphonique de Paris sont présents au rendez-vous sous la baguette attentive de Jésus Etcheverry, je ne regretterai que le timbre à mes yeux fort ingrat de Michel Sénéchal; mais vous pouvez en juger autrement sur ce point, d'autant que notre ténor connaît lui aussi parfaitement les ressources de la langue dans laquelle il chante.