Chaque plan est superbement composé, et le montage (qu'on ne peut s'empêcher de rapprocher de l'esthétique de Leone) fait alterner scènes très lentes, contemplatives ou méditatives, et déchargements ultrarapides, par la violence, de la tension accumulée. La nouveauté par rapport à Yojimbo ou à Sanjuro de Kurosawa (début des années 1960) réside dans l'insertion de quelques flash-back. Leur rôle est essentiellement de ramener sans cesse au centre de l'intrigue, à la source de toutes les actions, l'événement qui a coupé en deux le destin de chacun des personnages. La continuité de la vie est rompue. Les vies, y compris celle de l'épouse dont le héros vit séparé, sont brisées, ou bien ouvertes comme un fruit : car le fait d'avoir été mêlé à cet événement de rupture (le Shogun trompé, les habitants d'un village de pêcheurs massacrés) aura conduit chacun à révéler sa vraie nature, et contraint l'élite de cette société à constater à l'oeil nu son pourrissement. Nous assistons à l'affrontement de deux systèmes de valeurs antagonistes, par quoi ce film rejoint la tragédie grecque, mais chaque personnage, quoique prisonnier d'une certaine échelle de valeurs, se montre toujours capable de comprendre le point de vue de l'adversaire. Les deux samouraïs qui finissent par s'affronter entre les arbres noirs et décharnés semblent des caractères d'écriture sur la page blanche du paysage enneigé. Ce finale est rendu encore plus bouleversant par un geste simple que les duellistes sont amenés à accomplir entre deux assauts : souffler sur leurs doigts pour réchauffer la main qui, à l'instant crucial, devra empoigner le sabre.