Gretry, c'est avant tout depuis deux siècles, l'image de l'aimable compositeur des non moins aimables partitions: L'Amant Jaloux, Richard Coeur de Lion et autre Zemire & Azor. Mais c'était sans compter le marché qui lui sera proposer alors par 'l'Académie Royale de Musique (autrement dit Opéra de Paris), d'entrer dans le cénacle des "tragédiens-en-musique", si j'ose dire, en compagnie notamment de Gluck. Ce dernier vient alors effet de proposer à l'opéra de Paris ses cinq partitions qui vont à jamais révolutionner l'histoire de l'opéra: Orphée, Alceste, Iphigénie en Aulide, puis en Tauride, ainsi qu'Armide.
De l'ami admiré, Gluck devient pour Gretry le rival redouté.
L'échec de n'avoir pu obtenir le livret d'Iphigénie en Tauride, poussa "l'aimable Gretry" à accepter celui d'Andromaque ! Gant peu facile à relever (s'attaquer à une des pièces de Racine les plus importantes), et la mettre en musique; autant dire que le compositeur belge est attendu au tournant.
L'impression générale que laisse cette fulgurante partition où choeurs, solistes et orchestre sont étroitement imbriqués, c'est sa violence, son urgence extrême au sens littéral, (à peine une heure trente de musique divisée en trois actes de trente minutes chacun ). Indubitablement, Gretry a retenu, écouté, les leçons de Gluck, et en 1780, crée l'événement avec cette oeuvre incroyable. Mozart, dans son sublime Idomeneo s'en souviendra certainement (comment ne pas entendre certains échos des colères d' Hermione, dans celles d'Elettra ?).Mozart - qui, soit dit en passant - tenait Gretry en très haute estime.
Hervé Niquet, à la tête de ses forces musicales habituelles, nous livre une extraordinaire leçon de drame musical, annonciateur entre autre de Berlioz dans ses Troyens, mais pas seulement ! Comment ne pas songer dans certains récitatifs dramatiques, dans leur soutien orchestral, jusqu'au...Pelléas & Mélisande de Debussy ? !.
Les quatre rôles solistes ne volent pas (ne peuvent pas, d'ailleurs ! ), voler la vedette, à un ensemble parfaitement soudé.
A quand Monsieur NIquet, des nouveaux enregistrements de Zémire & Azor, Richard Coeur de Lion ou l'Amant Jaloux ? En fait, à quand Monsieur Niquet, une redécouverte totale de l'oeuvre d'un musicien trop peu reconnu ? Grâce à vous en tous cas, d'avoir permis la redécouverte d'une partition essentielle à l'opéra français !