La production discographique post-mortem de Jeff Buckley est impressionnante… Ce surdoué de la musique, trop tôt disparu (à l’âge de trente ans), n’a eu en effet le temps de publier qu’un seul album de son vivant, l’excellent
Grace. Mais le chanteur est entre-temps devenu un véritable mythe, à tel point que dix ans après sa disparition, on parlait déjà d’un
biopic hollywoodien consacré à sa vie, qui semble aujourd’hui, en 2009, être en bonne voie de réalisation.
Depuis sa mort en 1997, la mère de Jeff Buckley, Mary Guibert, et Sony, sa maison de disque, travaillent en collaboration pour publier régulièrement des albums plus ou moins indispensables. On a ainsi eu droit à la parution de divers inédits de studio (
Sketches, le deuxième album inachevé,
Songs to No One, de vieilles bandes avec Gary Lucas), de versions Deluxe (très largement) augmentées de
Grace et de l'EP
Live at Sin-é, et évidemment de divers albums live comme
Mystery White Boy et
Live à l’Olympia.
Lors de la sortie en 2008 d’un
Best of un peu tiré par les cheveux (les meilleurs titres d’un artiste n’ayant produit qu’un album ?), on s’était dit qu’on arrivait au bout, que les fonds de tiroirs étaient définitivement vides… Et bien, il en restait encore un peu dans un coin. En l’occurrence, des titres enregistrés et filmés pour différentes émissions de télévisions ou en concert.
Et voici donc un album de plus constitué de douze titres live. Le problème de Jeff Buckley, est qu’après avoir enregistré les douze morceaux de
Grace, il est parti en tournée pendant près d’un an et demi, quasiment non-stop (c’est durant cette période qu’on été enregistrés les titres que l’on retrouve ici), et qu’il n’a eu ni le temps ni l’inspiration pour écrire de nouvelles chansons. Il a donc passé des mois sur la route à rejouer sans arrêt les mêmes titres, que tous ses disques live rabâchent invariablement… A tel point que les compilateurs ont choisi d’annoncer ce nouvel album comme un
Grace live, puisque tous les morceaux de l’album sont ici présentés dans des interprétations de concert - à l’exception notable de
« Corpus Christi Carol », que Jeff ne jouait quasiment jamais sur scène, remplacé par le fameux
« What Will You Say », dont une version figurait déjà sur
Mystery White Boy. Les fans, et ils sont nombreux, à l’affût de la moindre publication de leur héros, vont se jeter sur ce disque mais, même si tout y est d’excellente qualité, on ne peut pas vraiment dire qu’il ajoute quoi que ce soit à l’œuvre de Buckley, ni qu’il nous fasse découvrir grand chose qu’on ne savait déjà à son sujet. Cet album est également disponible en version DVD, ainsi que sous la forme d’un luxueux coffret qui réunit le CD, le DVD et un deuxième DVD présentant le documentaire inédit
Amazing Grace. De très beaux objets, destinés aux fans. Aux autres, on ne saurait trop conseiller de commencer par le début, et de se plonger dans
Grace, le véritable et unique chef-d’œuvre de Jeff Buckley.
Stan Cuesta - Copyright 2013 Music Story