Au milieu des années 80, les hit parades occidentaux se prennent d'une passion subite pour la musique du monde, et plus particulièrement les rythmes africains. C'est le triomphe de Johnny Clegg, musicien britannique qui fait découvrir ces rythmes métissés à l'Europe. Aussi, certains artistes du cru comme Touré Kunda et Youssou Ndour en profitent pour se faire connaître. Cela dit, le vrai précurseur du mouvement fut Peter Gabriel, ex-chanteur du groupe de rock progressif Genesis, qui imprégna sa musique de sonorités africaines pour relancer une carrière en perte de vitesse, avec la chanson "Biko", hommage à un dissident pro Mandela. Mais c'est véritablement Paul Simon, ancien leader du duo folk Simon and Garfunkel, qui va toucher le jack-pot en 1987 avec l'album "Graceland". Dès le titre (qui fait allusion à la maison d'Elvis Presley), l'auteur de "Mrs Robinson" revendique haut et fort ses racines rock. Ainsi, "Graceland" bénéficiera de cet équilibre magique entre les rythmiques sud-africaines, les accents folk "dylaniens" de la voix de Simon, et la production très années 80 qui assurera le succès mondial de l'album. Ce disque est un véritable rêve et ne comporte aucune faiblesse. Toutes les chansons affichent une impressionnante richesse mélodique et traduisent un choix artistique sans faille, à l'image des tubes "The boy in the bubble" et "You can call me Al"... En 2011, Paul Simon tentera bien de refaire le coup avec "So beautiful or so what"... Mais le charme est rompu, la faute à des chansons moins consistantes et à une spontanéité évanouie.
A ceux qui découvriraient ce "Graceland" avec bonheur, on conseillera de jeter une oreille curieuse sur les grands musiciens africains qui pratiquent ce style avec plus d'authenticité: Fela, Ali Farka Touré, Salif Keita, Boubacar Traoré... Des géants d'un genre qui a souvent renouvelé la musique occidentale par ses apports réguliers...