Mon 5/5 est évidemment "exagéré" dans le sens qu'il est difficile de passer sous silence bon nombre de "soucis" de GT5, dont certains sont rituels à la série mais d'autres inhabituels de la part de Polyphony... sauf que voilà, GT5 est sans aucun doute le meilleur jeu de caisses sur console, qu'on le veuille ou non.
Et oui, le jeu a toujours une IA médiocre qui va vous faire rager à plus d'un titre, bien qu'elle ait l'instinct de survie désormais. A cela s'ajoutent des sons moteurs (en vue intérieur et parechoc/toit) dignes d'aspirateur Dyson, des collisions navrantes (avec le bruit "bong" honteux qui va avec) et des dégâts visuels risibles à se demander s'il n'aurait pas fallu les laisser de côté comme avant.
Et puis il y a aussi (et ça c'est plus surprenant) beaucoup de médiocrité graphiquement avec un très grand nombre de voitures et circuits "upscalés" seulement de la PS2 en HD (ce qui fait tâche), des ombres ultra crénelées à tout bout de champ (on ne voit que ça sur les replays) ainsi que des bizarreries et pixelisations excessives liées aux particules, fumées et gerbes d'eau à proximité des véhicules. Les conditions climatiques ont le mérite d'exister mais leur représentation n'est pas tip-top et fait très rajouté à la dernière minute. Les précédents GT ont toujours été des références graphiques du genre, même si GT5 n'est pas mauvais en soi, il faut avouer que sur ce plan il ne creuse plus l'écart avec ses concurrents... sauf peut-être sur les seules modélisations des modèles "premium" du jeu, mais malheureusement trop peu nombreux sur le total (les seuls possédant une vue cockpit).
Il faut aussi noter des chargements un peu longuets, pas forcément au niveau des courses off ou online où d'après moi ça équivaut aux concurrents (Forza notamment), mais il est souvent agaçant de se taper un temps d'attente entre les menus, d'autant plus que l'ergonomie de ceux-ci n'aide pas toujours à aller plus vite. Quand on sait en plus que le jeu installe de 6 à 10Go sur la PS3 pour un gain quasi minime en terme de rapidité, il y a de quoi être un peu désappointé.
Au rayon des déceptions, j'ajouterais également une dissociation A-Spec/B-Spec plutôt malvenue face à ce que proposait GT4 (en sus de la possibilité d'accélérer le temps) + l'impossibilité de sauvegarder durant un championnat (fonction également disparue).
Alors pourquoi GT5 est-il incontournable malgré tout ça ?
Et bien parce que son côté "fourre-tout" qui peut paraitre rebutant au 1er abord est en fait l'une des grosses qualités du jeu. Dans GT5, il est plus rare de s'ennuyer comme jadis car la variété des épreuves et courses est assez conséquente. Entre les permis, les épreuves A-Spec, B-Spec, les événements spéciaux + tous les événements en ligne, avouons qu'il y a tout de même de quoi faire et sans lassitude. Le système de "niveaux XP" n'est peut-être pas toujours bien étalonné (surtout sur la fin) mais il permet aussi d'avoir envie de progresser dans le jeu pour les monter rapidement.
Mieux que la nature des différentes épreuves, la palme revient à la conduite du jeu. Je le dis sans détour, GT5 propose vraisemblablement la meilleure conduite que je n'ai jamais faite dans un jeu du genre depuis 20 ans (titres simu PC inclus). Même s'il n'est pas toujours hyper réaliste, le moteur physique de GT5 est largement plus abouti que celui de ses prédécesseurs (y compris GT5 Prologue). Oubliez les voitures sur un rail agrippées au bitume que l'on pouvait piloter tranquille, ici la voiture vit, vibre, glisse, un combat de tous les instants pour avoir le contrôle ultime à la recherche de la meilleure trajectoire et du meilleur chrono. Les transferts de masse, les changements et pertes d'adhérence, la motricité, le freinage... tout est parfaitement relié ensemble pour un plaisir de jeu absolument génial. GT5 abandonne d'ailleurs les modes de pilotage de Prologue pour ne proposer que la conduite "professionnelle" (la plus exigeante). Fort heureusement, un grand nombre d'assistances peuvent être activées pour les pilotes les moins aguerris. Au final, tout le monde y trouve son compte et peut, petit à petit, progresser et devenir un vrai as du volant (des participants à la GT Academy sont devenus de vrais pilotes "IRL"). A noter que le jeu est parfaitement jouable à la manette (même si cela demandera d'activer un peu plus d'aides) mais c'est évidemment au volant qu'il prend tout son sens (quasi impératif pour maîtriser la Red-Bull X2010 d'ailleurs).
Autres points forts du jeu, GT5 met encore plus l'accent que GT4 sur l'aspect endurance. Désormais, on peut compter sur des tracés (quelques uns seulement) proposant des variations de luminosité et des cycles jour/nuit complets, à cela pouvant s'ajouter les conditions climatiques. Si vous rêvez de faire le Nordschleife ou le circuit du Mans comme dans la réalité, attendez vous à une claque magistrale tant ces tracés sont modélisés à la perfection et proposent justement ces nouvelles features pas seulement qu'esthétique (le pilotage de nuit ou sur sol mouillé vous donnera de nouvelles sensations). Quand on plonge dans la nuit à travers la forêt d'Eifel par une pluie abondante et que pointe ensuite le petit jour avec la brume s'installant à l'horizon puis les 1ers rayons du soleil traversant les feuillages pour vous éblouir à 200km/h concentré sur votre conduite... des instants tout simplement magiques, voilà ce que peut vous donner ce GT5 !
A côté de tout cela, le jeu propose aussi un éditeur de circuits, certes limité, car plus générateur que réel éditeur, mais saluons l'idée (inédite pour un jeu de cette envergure). Cette feature prend surtout son sens dans la partie rally du jeu où elle parait l'évidence même pour la création de spéciales "aléatoires".
Si vous êtes admiratifs des courbes de vos bolides (du moins les 200 "premium") vous serez conquis par le mode photo (voyage ou in-game) hérité de GT4 mais d'une qualité bien plus conséquente (résultat quasi photo-réaliste par moment).
GT5 inaugure aussi le online dans la série. Prologue en avait un également mais très très limité (seulement salon public). Désormais il est possible de créer ses propres salons privés et y inviter ses amis pour des parties personnalisées. L'interface n'est pas toujours des plus pratiques mais on s'y fait et le jeu propose de bonnes idées comme les séances d'essai ou le pré-chargement des tracés (permettant de lancer une course rapidement). En espérant que Polyphony améliore cette partie à l'avenir, on peut dire que GT a réussi son virage vers les fonctions communautaires sur cette génération.
Le jeu a probablement été sorti plus tôt que prévu (malgré le très long développement) pour ne pas rater la période cruciale des fêtes. Résultat, on sent clairement un jeu manquant de finition dans beaucoup de domaines et de nombreuses features annoncées sont absentes du jeu final au jour de sa sortie officielle... mais intégrées depuis par des mises à jour. Ce qui m'amène justement à cet aspect important (voir primordial) d'être connecté au Net avec sa PS3 si vous envisagez GT5. Car outre les différents patchs (dont certains très importants comme le 1.06), vous accéderez à de nombreuses fonctionnalités uniquement possibles qu'en ligne (courses online, partages de véhicule, dons, remote-race B-Spec, etc...). Il serait donc dommage de passer à côté de tout cela.
Avec GT5, c'est un peu le "je t'aime, moi non plus", la somme des qualités et des défauts s'équilibre sûrement mais les écarts sont tellement grands entre eux que tout le monde ne fera pas forcément l'effort de "rentrer" dans ce jeu pour en apprécier vraiment toute sa subtilité. A l'image de son introduction vidéo, GT5 intrigue, déçoit ou fascine... une chose est certaine, il ne laisse personne indifférent, la marque des grands jeux ?