Oh la la.... le battage médiatique autour de celui là ...Cannes et les poncifs habituels : regard au vitriol sur la société française , poésie urbaine , beauté des perdants ,hymne à la liberté , toutes les génuflexions usuelles dès qu'un film sort du format standard .
Et on l'a vu avec bienveillance ce film : une affiche prometteuse ( et mensongère puisque cette scène n'existe pas... ) et parce que , en tant que fan de Groland , on s'attendait à ce mélange de Trash et de bons mots.
Hélas , le trash se résume au sordide : voir Poelvoorde roter et vomir , et Brigitte Fontaine jouer de son personnage de vieille femme à la frontière de la débilité mentale ...
Deux frères ,donc, redécouvrent "le sens de la vie" dans une zone industrielle d'une province française . On sent que les intentions sont là : les auteurs se servent des décors blafards des enseignes pour dénoncer la déshumanisation de ces zones . Les valeurs qu'elles véhiculent ( fric , compétitivité , mépris de l'autre ) poussent Albert Dupontel à son pétage de plomb habituel .
Mais voilà ; on voulait du Groland ; On se retrouve avec un ersatz des Deschiens : plans fixes où les personnages sont en roue libre et baragouinent des , hum...., dialogues pendant deux-trois minutes, la plupart du temps sans s'écouter ...
Au cabaret , ça marcherait peut être ... Et encore .... Une fois de plus , rien n'est très subtil et on entend venir les arguments habituels portés à dos de mulet : le langage est trompeur ( ploum ploum) , l'incommunicabilité entre les êtres permet l'aliénation de notre société ( tralala ).
Mais cet argument massue , les auteurs nous le dégainent au bout de trois minutes ... Et il reste encore 1h30 à tirer partagés entre l'ennui vaporeux et la consternation ....
Pas de gags , d'empathie pour les personnages et ...d'originalité ...Poelvoorde et Dupontel ne sont pas des Losers avec des valeurs , avec de l'existence intérieure qui viendraient bousculer notre confort bourgeois : ce sont deux idiots , et sans la connotation satirique de Dostoïevski , deux ringards pathétiques qui abandonnent leurs enfants, exploitent l'autre , et emmerdent le monde.
Ici encore on aurait pu imaginer que l'effet était volontaire . Et l'on sent que le film cherche désespérément à filmer les marginaux sublimes de Blier ...ou de Gainsbourg , qui dans
Je t'aime moi non plus arrivait à d'authentiques moments de grâce en filmant les ébats sodomites de ses personnages dans une décharge publique .
Et dans un autre temps , on eut pu imaginer Dewaere et Depardieu dans les rôles titres . Celui-ci fait d'ailleurs une apparition affublé d'un chapeau brésilien en devin ...de supermarché...aussi pathétique que le Marlon Brando enfariné de
L'ile du docteur Moreau [Blu-ray].... Récemment un film mettant en scène un autiste et une femme rejetée pour sa laideur
Mary et Max , nous donnait envie de se mettre du côté des perdants et questionnait notre échelle des valeurs de tolérance et d'humanisme .
A l'image de la révolution de Not et Dead ( les surnoms des personnages ) , le Grand Soir est plein d'ambitions jamais réalisées. Plutôt se rallier à la consommation à outrance que de finir SDF,idiots et sans avenir , comme nos deux héros ! Les auteurs loupent complètement leur sujet , et plutôt que d'appeler à la révolution , le film candidate au à l'appel au suicide : nos valeurs sont pourries , notre monde sans espoir , ni amour et nos héros des minables de la France d'en bas...
D'ailleurs le film n'a pas de fin : il aurait pu durer deux heures de plus... ou s'arrêter au bout de 20 minutes...puisqu'il ne se passe rien de plus que le pitch proposé...
On met deux étoiles en souvenir des fous rires gras, trash et insolent de Groland ...