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C'est clair. En ce début de XXIe siècle, The Little Rabbits affichent la couleur et n'hésitent pas à exhiber sans complexe leur kitsch attitude sur une pochette signée Joël Hubaut (fondateur du musée du Lapin !). Autant dire que lorsque nos cinq Vendéens voient la vie en rose layette, le résultat dégage des odeurs de feu d'artifice bordélique. Et tout ça s'appelle
La Grande Musique "primo, parce que c'est le titre d'un morceau et que c'est quelque chose qui appartient en général à des gens totalement différents de nous…" Une cinquième symphonie délirante made in Tucson mais 100 % frenchy où se téléscopent les rythmiques funk, rock et jazz avec, ici et là, quelques ambiances seventies de séries policières américaines ("Monkey Planet"). Le tout agrémenté d'un usage accru de bidouillages sonores. Mais le délire ne saurait être total sans les filles et les décapotables omniprésentes dans les textes. Lesquels offrent quelques duos homme-femme torrides ("Alfa Romeo Super Sprint", "Des hommes, des femmes, des enfants et le sexe" ne sont pas sans rappeler l'influence du grand Gainsbourg) travaillés sous la houlette de Jim Waters (producteur de Jon Spencer Blues Explosion). Réjouissant et délibérément explosif.
--Valérie Dupouy
Critique
La Grande Musique est certainement l’album le plus abouti des Little Rabbits. C’est également le dernier hommage du groupe à un public à l’abandon, en pleine frustration devant tant d’expérimentations. Ici et là, la culture pop s’offre une cure de rajeunissement sans véritable cliché a posteriori. Le groupe réinvente le je-m-en-foutisme en lui donnant un esthétisme léché, proche des œuvres d’art contemporain, au moyen d’une structure à la fois complexe et grand public. Bien sûr,
La Grande Musique provoque la confusion pour les fans des débuts, attendris par une pop naïve aux influences anglaises. Changer une formule qui marche juste par souci d’indépendance intellectuelle, en se moquant finalement de leurs fidèles, voilà qui pourrait nous rappeler Radiohead. Le tempo est plus lent, le chant est à moitié parlé et les références sont purement américaines, malgré le retour à l’époque de la plupart des productions vers des valeurs plus hexagonales ou commerciales.
« Une belle fille comme toi »,
« Ma femme américaine »,
« J'ai faim » et
« On dirait un mort sur le banc » possèdent un groove free imparable et un orgue seventies aussi irrévérencieux qu’une oeuvre de Gainsbourg. Certaines compositions poussent un peu trop l’expérimentation dans ses retranchements, mais qu’importe, ici règne une ambiance érotique, bourgeois-bohème et faussement machiste à tous les étages. Avec cette forme libre et décousue, le groupe bastonne et taillade dans le transgressif et la bande son pour bar lounge branché : scratchs, rythmes appuyés, samples, bricolages maison… Pour preuve, le titre phare
« La Grande Musique » qui joue sur le registre adolescent et résolument agressif. Car si l’album ne joue pas la séduction mercantile, il aura au moins permit avec son audace inédite de poser les bases de l'oeuvre de leur meilleur ami, Katerine. Du « yeah » au « fuck » réhabilités en signe de ralliement, l’initiative est à saluer. Et, testament ou non, la finalité de l’album atteste une fois encore l’esprit libertaire du groupe. En tuant la poule aux œufs d’or, les Rabbits réalisent un coup de maître en signe d’acte politique : tirer sa révérence et nous poser un (petit) lapin avec les honneurs…
Samuel Degasne - Copyright 2012 Music Story