Après le superbe commentaire de Présence , je ne reviendrais pas en détail sur la qualité de cet album. Superbement illustré , Grandville est un modèle esthetique attentif au moindre détail . Le lecteur peut compter le nombre de balles restantes dans un revolver , decrypter le fonctionnement des machines dessinées , apprecier les nombreux clin d'oeils ( Gaston , Lucien , ainsi que Rimbaud et Verlaine peints par Fantin Latour) . Talbot pastiche également agréablement Frank Miller dans la scène anthologique où Daredevil laisse tomber Bullseye dans
Daredevil Visionaries: Frank Miller. Les Inrocks qui se sont pris de passion pour l'objet n' y auront peut -être vu que du feu , les comics étant le comble de la vulgarité pour ces gens là . Rappelons tout de même que Talbot en vient du comics et que Miller en est l'Hergé .
Bref de l'humour , du rythme , de belles bastons , j'ai cependant du mal à suivre Talbot sur le scénario.
Celui-ci est coherent , riche en suspense , mais je trouve que Talbot ne maitrise pas ( pour l'instant ) les codes policiers . Lebrock a de bonnes intuitions . Mais chez Talbot , il n' y pas de tatonnements , de fausses pistes , d'hésitation . Et surtout , presque jamais de preuves ! Et c'est bien ce que je repproche à Talbot , c'est qu'à force du faire du name dropping , il multiplie les raccourcis : Lebrock déduit la culpabilité de Bélier sans aucun fait concret ! Ca tombe bien il est coupable ! Talbot pastiche les formidables fulgurance de Holmes à un détail près : Sherlock était en observation avec son environnement , les indices trouvés étaient mis en corrélation avec une époque , une saison , une marque de cigarette . Lebrock n'explique jamais ces intuitions , il fonce d'un point A à un point B armé d'une logique superficielle .
La série souffre également du syndromme 24 . Dans cette série , Jack Bauer partait d'un attentat pour remonter toujours à un président qu'il destituait . En deux épisode de Grandville , Lebrock fait tomber un empereur et un président . C'est un peu trop . Un ministre eut suffit .
Les conditions de l'evasion de Mastock restent confuse : avec la complicité d'un ministre , on lui a fait avaler une arme . Alors que Talbot detaille les conditions de son incarceration , comment a t'il fait pour ramasser cette arme dans ses selles sous le regard des gardiens ? Comment a t'il fait pour trancher une camisole de l'interieur sans liberté de mouvement ?
Enfin , un peu comme Marv dans
Sin city t1, Lebrock nourrit un fort sentiment de culpabilité envers une femme décédée qu'il n' a pas pu protéger. Il s'éprend alors d'une prostituée qui lui ressemble . Pourquoi pas ? Sauf que la relation entre Sarah et Lebrock a été trop survolée dans le premier tome pour que l'on croit aux sentiments du policier . Le deuil de Sarah est pour moi un pretexte pour Talbot pour insatller un poil de psychologie absent du premier tome et encore une fois un pastiche des catastrophes de Sherlock Holmes peut déclencher dans sa chambre .
Au final mes sentiments sont mitigés sur cette série .On y trouve une ambiance unique , un ton , mais des approximations lié au fait qu' à force de parodier , Talbot , si pointilleux sur le detail de ses planches , prend de grande largesse avec son scénario.