En effet, à travers l'exemple de la civilisation grecque, cet ouvrage étudie les idées que nous nous faisons de la vérité. On considère généralement qu'elle ne peut être qu'une, la même pour tout le monde. Or, Paul Veyne démontre à partir d'exemples très simples que les mêmes personnes peuvent considérer comme vraies des choses contradictoires ; ou que des personnes de la même époque peuvent avoir des conceptions différentes de la vérité. Au fond, ils ne trouvent pas la vérité, mais ils la créent.
Cet essai, dérangeant parce qu'il ébranle nos plus intimes convictions, est une invitation à réfléchir sur notre propre système de vérité. --Gaëtane Guillo
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26 internautes sur 31 ont trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5
Un mariage douteux d'érudition et de confusion,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes? (Poche)
L''érudition de Paul Veyne ne fait pas de doute. Le Pain et le cirque, son chef-d''oeuvre étrangement ignoré, le démontre brillamment. Seulement, on peut se demander à quel point la question abordée dans ce petit essai est une question empirique. Paul Veyne se demande en effet ce que nous devons penser de la vérité. Or nous pouvons nous demander jusqu''à quel point l''étude des croyances des Anciens peut nous aider à répondre à cette question.Veyne suppose que la vérité n'est qu'une croyance, qu'il n'y a, pour reprendre le mot de Nietzsche, pas des faits, que des interprétations. Il cherche à démontrer sa thèse à partir d'un examen des croyances des Anciens. En fait, le raisonnement de Paul Veyne se réfute lui-même. Comme Jacques Bouveresse le fait remarquer, l''idée "veynienne" que la vérité n''est rien d''autre qu''une construction idéologique s''appuie sur une description d''un état de fait historique qui prétend elle-même à la vérité (Le philosophe chez les autophages, p. 109-116). (Bernard Williams a récemment fait la même remarque à propos de l''historiographie postmoderniste.) Évidemment, du point de vue de Veyne, une telle faiblesse logique n''est pas une faiblesse. John Searle explique quelque part pourquoi il est très difficile de trouver chez les auteurs postmodernes "des arguments clairs, rigoureux et explicites contre les éléments qui sont au c½ur de la tradition rationaliste occidentale". Si à première vue le fait est curieux, il ne l'est en réalité pas tellement "quand on pense que l''idée même d''"arguments clairs, rigoureux et explicites" constitue justement une partie de ce qui est contesté" ("Rationalité et réalisme : qu''est-ce qui est en jeu?"). Cela étant, le fait que l''essai rate sa cible ne le rend pas moins intéressant pour quelques analyses historiques qui sont proposées de différents phénomènes de croyances. Paul Veyne, à l''exception de la quasi-totalité des historiens francophones, s''intéresse aux croyances. Dans cet essai comme dans plusieurs articles (notamment "Conduite sans croyance et ½uvres d''art sans spectateurs" et "Propagande, expression roi, image idole oracle"), il tente de comprendre les croyances en les approchant d''une manière plus pragmatique que cartésienne. Autrement dit, il les considère moins comme des phénomènes mentaux présents à la conscience que comme des phénomènes que l''on peut comprendre en observant qui fait quoi et dans quelles situations pratiques. Par exemple, Veyne s'intéresse dans un article au cas particulier de la colonne Trajanne, édifiée à Rome en l'honneur des campagnes militaires de l'Empire romain. À première vue, il s'agit d'une forme de propagande d'État parce qu'on y trouve un récit comme en bande dessinée de la grandeur de l'État. Or ce dessin est enroulé autour d'une colonne très haute. Sa lecture demanderait donc que l'on tourne autour de la colonne avec une paire de jumelles! Veyne montre donc que la propagande ne tient pas dans le contenu du discours, mais dans le fait que l'État montre, pour ainsi dire "performativement", qu'il dispose de la puissance d'imposer son discours. Au lecteur qui s''intéresse à ce genre de question, je ne peux que recommander la magnifique étude des croyances magiques proposée par Edward E. Evans-Pritchard, Sorcellerie, oracles et magie chez les Azandé (Gallimard, 1972), ainsi qu'au commentaire subtil qu'en propose Philippe de Lara dans Le rite et la raison (Ellipses, 2005). En plus de s'intéresser aux mêmes questions avec une sophistication de loin supérieure à celle proposée par Veyne, ces ouvrages sont libres des laborieuses réflexions irrationalistes qui encombrent inutilement Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
excellent,
Par Carolibri "Carole" (France) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes? (Poche)
Comme les autres ouvrages de cet auteur c'est un vrai plaisir d'apprendre autant sans que ce soit ardu, toujours bien écrit et intelligente, un vrai régal et un ouvrage indispensable quand s'intéresse à l'antiquité .
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3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Les lecteurs croiront-ils que Paul Veyne croit que les Grecs ont cru à leurs mythes ?,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes? (Poche)
Le peuple qui a inventé la rhétorique et la raison pouvait-il croire en même temps aux mythes "simplistes" qu'il nous a légués ? La réponse évidente qu'on pourrait faire avant d'avoir lu le livre de Veyne serait du type normand - "oui et non" - de la même façon qu'un enfant peut croire au père Noël et se douter que ce sont ses parents qui lui offrent en réalité les cadeaux.En fait, l'auteur s'intéresse surtout à la problématique de la vérité : quelle est-elle ? Comment a-t-elle varié dans le temps ? Il montre que les Grecs ont eu très tôt la compréhension de l'historicité ou pas de leurs mythes et qu'ils sen sont servis tant que cela leur a... servi, précisément. Pas naïfs mais sincères, les Grecs ont globalement cru que leurs mythes étaient vrais... c'est juste que la vérité de l'instant athénien n'est pas celle de la Grèce héllénistique, a fortiori pas la nôtre. Hors du champ historique, le stimulant ouvrage de Veyne nous rappelle qu'en communication aussi, les fabricants de produits cosmétiques peuvent faire croire à leurs utilisatrices qu'il suffit de s'enduire de crème pour se débarrasser de sa cellulite. Les mythes ont la vie dure... tant qu'on veut y croire. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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