Lorsque j'ai vu ce film de
Paul Greengrass (lors de sa sortie en salles), j'avais d'abord été frappé par le côté Jason Bourne, cette série de films d'action hyper efficaces. J'avoue que sur ce plan-là, j'avais été sacrément impressionné. Mais sur la question elle-même (à savoir la recherche de preuves concernant les armes de destruction massive), j'étais plutôt réservé. Après tout, le mensonge d'Etat était connu de tous maintenant et la grosse désillusion du peuple américain ne faisait que commencer.. A ce propos, le film réitère la question, notamment dans cette scène au cours de laquelle le oommandant Miller (joué par un excellent
Matt Damon) remet le dossier au chef du Pentagone (
Greg Kinnear, parfait dans son rôle), le premier lui lance alors: "Qu'est ce qui se passera la prochaine fois quand on demandera aux gens de nous croire?"... La question fait mal et l'on sent bien que Greengrass et Paul Helgeland (le scénariste de Mystic River) n'ont pas fait ce film par hasard. Leur motivation, c'était de dire et de rappeler la vérité, que celle-ci, au nom de la raison d'Etat est parfois bafouée, trépignée, méprisée. Sur ce point, le film dépasse largement le simple film d'action et restera à mon avis un témoignage précieux pour les générations à venir.
Ainsi, si au début, je n'y ai vu qu'un film d'action efficace, de le voir une seconde fois m'a permis de mesurer, outre la qualité de la mise en scène (le montage est extrêmement bien foutu, et les contrepoints sacrément pointus), de voir là un film choc et éminemment intéressant en terme de point de vue et de géopolitique. Le monde est vraiment une scène, comme le disait un certain Shakespeare. Et dès qu'un conflit est terminé, le cinéma américain ne manque pas de rappeler ce qui s'y est passé. Comme ses prédécesseurs, Greengrass se fait le chantre de la mémoire par amour de la vérité - rappelons-nous de
Objective, Burma! de Raoul Walsh (sur la seconde guerre mondiale) ou encore
Cote 465 d'Anthony Mann et
J'ai vécu l'enfer de Corée de Samuel Fuller (sur le premier conflit de la guerre froide) [pour la guerre du Vietnam, le cinéma US aura plus de mal à remettre en question le conflit, ce sera plus larvé - que l'on songe au héros Taxi Driver -, il en existe quelques-uns bien entendu avec John Wayne notamment, mais n'ont pas cette envergure... mais faudra attendre la fin des années 70 avec Apocalypse Now pour voir le plus anti-militaire des films US]. Le fait en outre que ce cinéaste, Paul Greengrass, soit un ancien réalisateur de films documentaires n'ajoute qu'à la qualité de son entreprise. Mieux encore, quand le cinéaste rappelle à quel point l'Etat a le monopole de la contrainte physique légitime (à ce sujet relire Max Weber ou encore Penser l'Etat de Philippe Braud). La question est essentielle ici, puisqu'au nom de la démocratie, elle renvoie à la notion de violence légitime... Même quand ce monopole repose sur un mensonge. Faut pas se leurrer, on ne vit pas au Paradis, mais bel et bien en Enfer.
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Langues Français et Anglais. Qualité de l'image irréprochable (en version 2.0 ou 5.1). De nombreux bonus (documentaire sur les lieux du tournage, commentaires d'anciens GIs et de la MET)..