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5.0 étoiles sur 5
De Profundis, 9 octobre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Greif: Sonate de Requiem; Trio avec Piano (CD)
Enfin, Olivier Greif voit les enregistrements de ses oeuvres se multiplier dix ans après sa mort, qu'on sait être venue bien trop tôt - il n'avait que 50 ans et avait atteint un degré de maturité artistique des plus enviables. Ce sont trois disques de grande qualité qui ont été publiés au printemps 2010, et on les conseillera sans hésiter tous les trois:
Par la Chute d'Adam, le concerto pour violoncelle enregistré par son dédicataire Henri Demarquette (ainsi que la sonate de Requiem, déjà enregistrée au préalable, à deux reprises, dont ici);
La Bataille D'Azincourt pour 2 Violoncelles par l'ensemble Syntonia; et
The Meeting Of The Waters - Intégrale De L'Oeuvre Pour Violon Et Piano, interprétée par Stéphanie Moraly et Romain David, d'ailleurs lui-même co-créateur de l'excellent Ensemble Syntonia (voir mes commentaires sur chacun de ces deux derniers disques). Avant cela, un disque était venu étoffer considérablement la discographie: en 2006 paraissait cet album consacré à deux des pièces majeures de sa musique de chambre, la Sonate de Requiem pour violoncelle et piano, et le Trio pour piano, violon et violoncelle.
Si Greif n'est pas un compositeur d'avant-garde, il n'en est pas moins un musicien sensible et aventureux. Le label Triton, qui défend sa musique au disque depuis une quinzaine d'années, rappelle sur son site certains de ses propos, qui finissent par former un credo: « Je veux amener l'auditeur à cette espèce d'ivresse où les situations, les époques et les lieux les plus divers qui soient, les plus opposés en apparence, se superposent, s'imbriquent, tourbillonnent et finissent par fusionner en un instant projeté dans l'éternité, c'est à dire non pas en un instant particulier qui durerait toujours, mais en une vision globale, passée hors temps et hors espace. »
On sait que Greif a connu une éclipse (volontaire) pendant une dizaine d'années, et a repris une activité de compositeur dans les années 90, décennie pendant laquelle il a composé la plupart de ses oeuvres majeures. La Sonate de Requiem est dans cette perspective un cas à part, puisqu'elle fut créée à la fin de sa première période d'activité, en 1979, et connut une 2ème création mondiale en 1993, non sans avoir été réduite de 49 à 27 minutes. Je ne connais pas la version d'origine, mais je suis prêt à avancer que cette sonate semble tenir là sa forme idéale. Des dires du compositeur, aux croyances nettement marquées, cette sonate est une méditation sur la mort, les trois mouvements correspondant à trois aspects: la mort comme perte, comme voyage, comme contemplation. Autour de thèmes centraux, Greif cite abondamment, les bribes de mélodies venant hanter la partition comme des réminiscences plus ou moins heureuses. Dixit le compositeur: "Autour de ces trois thèmes-personnages se greffent de nombreux motifs, mélodies, citations, collages, qui sont autant de visions, d'hallucinations, d'échos oniriques, autant de réminiscences du monde humain que l'âme du défunt perçoit tandis qu'elle s'élève."
Le Trio (1998), aussi mélancolique et brutal que peut parfois l'être la sonate, est peut-être encore plus achevé. Inspiré par le
Trio n°2 de Chostakovitch, ou plus largement par la musique de Chostakovitch - rappelons que
la sonate n°3 était dédiée à sa mémoire - c'est une oeuvre de pleine maturité, qui marque durablement. Comme on ne dira certes pas mieux qu'elle, citons Brigitte François-Sappey, qui dans ses excellentes notes de pochette écrit: "Délaissant la coulée ininterrompue d'un poème musical élégiaque, Greif renoue ici, avec une forme en quatre mouvements: un 'De Profundis' sauvage et déchirant; une blême 'Java' erratique; une 'Romanze' délicieusement fin de siècle, entre la Mitteleuropa et le génie mélancolique de Chausson en France; enfin, et pris dans l'enchaînement, un 'Alla breve', fugato rondement mené. Alliant la violence primitive, les rythmes chaloupés, les accents canailles, les caresses mondaines à l'écriture contrapuntique, le Trio de Greif atteint, au-delà du contraste saisissant des mouvements, à l'unité supérieure des chefs-d'oeuvre".
Les deux piliers de ce disque sont donc le pianiste, Pascal Amoyel, et la violoncelliste, Emmanuelle Bertrand. Ils sont rejoints pour le trio par la violoniste Antje Weithaas. C'est peu dire qu'ils font accéder la musique de Greif à la grandeur qu'elle porte en elle de naissance. Avec une prise de son un petit peu moins réverbérée, on toucherait à la perfection. N'est-ce pas un peu trop parfait, demanderont certains? A l'écoute de la Sonate de Requiem enregistrée par Henri Demarquette et Giovanni Bellucci, on peut se le demander, tant ils semblent avoir des options différentes, peut-être oser plus. Il est heureux que l'on puisse enfin bénéficier de plusieurs versions des plus grandes oeuvres de Greif au disque. Est-ce parce que j'ai découvert la Sonate de Requiem avec ce disque que je goûte un peu moins la version plus récente? Cela est possible, mais je dois dire que la comparaison s'avère des plus passionnantes, aucun des instrumentistes, et singulièrement des deux violoncellistes, ne déméritant au demeurant. Il paraît que Greif a pour certaines oeuvres laissé assez peu d'indications, et il existe forcément une différence de traitement entre les oeuvres pour lesquelles il a donné une version au piano, et celles qu'il n'a pas enregistrées.
Quoi qu'il en soit, on tient là, sinon une version définitive - ce serait triste - tout au moins une vision interprétée par des instrumentistes de grand talent, capables d'autant de fougue que de très fines nuances. Ils excellent à retranscrire la désolation, la déploration, l'élégie, mais aussi les soubresauts et les souvenirs heureux. Une réalisation de très haut niveau pour des oeuvres de toute beauté, que l'on ne se lasse pas d'écouter.
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Spiritualité envoûtante, 10 juin 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Greif: Sonate de Requiem; Trio avec Piano (CD)
Cette oeuvre, magnifiquement enregistrée, est d'une spiritualité envoûtante rarement atteinte dans une sonate contemporaine. Elle s'incrit dans la lignée du Quatuor pour la fin du temps de Messiaen. Toute l'oeuvre de la Sonate de requiem de Greif est dans l'esprit de la deuxième moitié du quatuor de Messiaen: spirituel. Et si vous avez aimé la Sonate de requiem de Greif vous aimerez l'Opus 147 de Chostakovitch, qui est la dernière oeuvre de sa vie où il atteint la spiritualité allant au-delà de son 8ème quatuor pour cordes, expression et réflexion d'une vie chargée d'émotions et d'auto-citations, et de sa 14ème symphonie, oeuvre intimiste ce qui est inhabituel pour une symphonie.
Ces cinq oeuvres citées sont des sommets de la musique réflexive et spirituelle du XXème siècle. Qui aime l'une de ces oeuvres aimera les cinq. Je me réfère beaucoup à Chostakovitch dans ce commentaire de la magnifique oeuvre de Greif.... c'est aussi parce que Greif, dans toute son originalité et l'unicité de son oeuvre, était ouvertement très inspiré par le génie de Chostakovitch.
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Sans doute la version de référence, 9 novembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Greif: Sonate de Requiem; Trio avec Piano (CD)
Nous avons la chance de disposer sur ce superbe CD de deux des oeuvres les plus essentielles, mais aussi les plus épurées, d'Olivier Greif dont les enregistrements se multiplient enfin près de dix ans après sa mort brutale et prématurée.
La sonate de requiem est une oeuvre obsédante qui se fonde sur un thème épuré qui viendra hanter la partition de façon rémanente comme l'âme du défunt hante un monde et des personnes qu'elle aurait du mal à quitter. L'oeuvre fut composée par Olivier Greif après le décès de sa mère, remaniée et coupée de moitié cinq ans plus tard, et est une forme d'hommage posthume à celle-ci. Au fil des mouvements apparaissent des citations musicales d'origine les plus diverses, parfois apocryphes, comme autant de témoignages de moments vécus et de ce qui a fait l'existence, l'expérience et la personnalité du défunt. L'interprétation donnée ici par le duo formé par Pascal Amoyel au piano et Emmanuelle Bertrand au violoncelle est absolument bouleversante. Il faut bien dire que c'est un duo habitué à jouer ensemble depuis longtemps et qui a eu longuement l'occasion de travailler sur la partition avec Olivier Greif, ce qui garantit une authenticité et une réflection des intentions de ce dernier. C'est pour moi, à vrai dire, la plus belle version entre trois sommets discographiques que sont la récente version Demarquette/Bellucci (Diapason d'Or et Choc de Classica) et la version historique INA où le piano est tenu par Greif lui-même.
Le trio pour piano, violon et violoncelle est un autre chef-d'oeuvre absolu, une contribution essentielle à la musique de chambre de la fin du XXème siècle. Son sous-titre "De profundis" en donne la tonalité générale, austère et souvent glaçante voire grinçante, avec une oeuvre qui s'ouvre sur une série d'accords effrayants et discordants du piano joués fortissimo. Ecrite avec une économie de moyens stylistiques, elle produit une impression profonde et rémanente en l'auditeur par sa tonalité profondément funèbre.
Assurément un disque absolument essentiel pour découvrir Greif, si vous ne le connaissez pas encore, et abonder votre discothèque en chefs-d'oeuvre de musique française de la deuxième moitié du XXème siècle. L'interprétation est éblouissante et parfaitement servie par une belle prise de son claire, précise et bien espacée.
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