G.P. - 1973
Même s'il n'a pas eu le succès commercial escompté (la country-music était tout, sauf commerciale dans le milieu du rock de l'époque), la critique musicale, généralement avisée et compétente pour en juger, en a fait grand éloge et c'est bien là l'essentiel. G.P de 1973 est le premier des deux albums solos de Gram Parsons (que Rolling Stone Magazine, en 2004, a placé au 87ème rang des plus grands artistes de tous les temps) avec celui sorti à titre posthume Grievous Angel (1973). Malheureusement, ce génie, comme se plaît à le dire sa partenaire sur cet album, Emmylou Harris, aura une carrière individuelle très écourtée du fait de ses addictions aux drogues dures et à l'alcool. Quelques mois après la sortie de ce LP (janvier 1973), Gram Parsons succombe à une overdose (septembre 1973). Il avait alors 26 ans, avait, jusque là, joué un rôle capital dans le développement du country-rock et semblait promis à une très grande carrière. Cet ami de Keith Richards et habitué de la villa Nellcôte à Villefranche/Mer, où l'aiguille a du tourner, nous réalise un G.P exquis, cosmique, que le divin mariage des voix Harris/Parsons, le violon exceptionnel du Maître Byron Berline (We'll Sweep Out The Ashes In The Morning et Still Feeling Blue), la contribution subtile de James Burton à la guitare électrique, les touchers magiques d'Al Perkins et Buddy Emmons (les cadors de la pedal steel guitar) élèvent à un niveau incroyable. L'élite de L.A et de Nashville, celle du country, fait l'union sacrée pour G.P et c'est tout le répertoire proposé qui en touche les sublimes bénéfices. She, Streets Of Baltimore, Kiss The Children, We'll Sweep Out The Ashes In The Morning, Big Mouth Blues, Still Feeling Blues... je pourrais tous les citer, mais je garde pour la conclusion The Titre: A Song For You, déchirant et désespéré. Quel talent! Quel gâchis!
Grievous Angel - 1974
Permettez-moi de soulever un point à propos de la country-music. Pourquoi ce mouvement né dans les entrailles de l'Amérique rurale n'a-t-il jamais pu jouir d'une popularité à laquelle d'autres tendances musicales ont pu accéder ? Pourquoi a-t-il toujours été marginalisé, diabolisé même par les rockers ? J'ose une explication, j'ai une piste... Les Rosbifs ! Et si c'étaient eux les responsables de cette guéguerre country contre rock ? Eux qui n'avaient rien à leur opposer d'aussi traditionnel. On peut voir les choses sous cet angle, non ? Toujours est-il que la mauvaise image qui collait au country a rebuté plus d'un pékin. Il faut des années pour se faire un nom, cinq minutes suffisent pour une réputation. La country-music avait mauvaise réputation, on lui a fait des mauvais procès et beaucoup se sont détournés d'elle. A tort, avec le recul. A tort, car quand on redécouvre, comme je le fais, des artistes géniaux comme Gram Parsons, on est réellement sous le charme de cette musique. Sa Cosmic Country, comme il le revendique haut et fort, est extraordinaire. Un premier album, G.P, a révélé la grande classe de ce garçon de 25 ans. Son second, Grievous Angel de janvier1974, la confirme et démontre son unicité. Parsons était à nul autre identique. Artistiquement, il nous a laissés de véritables testaments. Consumé par les drogues jusqu'à en crever, Parsons n'a pas pu goûter à la gloire qui lui tendait les bras depuis le début de cette putain d'année 73. Quatre mois après qu'il ait été incinéré dans le désert par son ami et manager Phil Kaufman, est publié son deuxième chef d'aeuvre, compilé à partir des sessions de 1973, qu'il avait produit et sur lequel pointent encore, avec bonheur, Emmylou Harris et les talentueux Al Perkins, Glen D. Hardin, James Burton, ainsi que Bernie Leadon , Kim Fowley, Linda Ronstadt. Disque très proche de son devancier, je ne ferai pas l'injure aux fans de country et de Parsons (et je pense tout particulièrement à Jean-Papa, un breton bercé trop près des enceintes) de décortiquer cette matière divine qui alimente ce legs inestimable. Là haut, au-dessus des nuages, une gueule angélique esquisse un sourire presque gêné : Gram Parsons, un gars de grande classe et une légende, non pas du country, mais du rock.