Vous vous attendez à écouter de la musique spectrale ? Rien n'y ressemble moins que ce disque assez atypique fondé sur un ensemble de percussions. Le travail sur le son, marque de fabrique de Gérard Grisey est moins prégnant avec ce type d'instruments. Cela étant, pour ceux qui veulent savoir ce que l'on peut produire en "grande musique" avec des percussions (hors piano), ce disque est un must. Il est intitulé "Pour six percussions et transmission de signaux astronomiques". L'originalité figure bien là car les pièces "Pulsa Vela" et "Pulsar 0329+54" introduisent des sons retranscrits de ces objets astraux dont le rythme sert de fondement au développement instrumental.
Le texte introductif de Jean-Pierre Luminet replace l'œuvre dans le contexte de démarche artistique qui se trouve au croisement de la science et de l'art. On savait Gérard Grisey passionné par l'astronomie, on savait Jean-Pierre Luminet passionné par les arts, ce disque est le résultat de cet échange.
Ce disque est le résultat d'une interprétation publique de l'oeuvre. Voilà le synopsis :
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Introduction de Jean-Pierre Luminet (première pièce)en voix off spatialisée. Percussions de Strasbourg disposées autour du public et sonorisées. Naissance d'une pulsation sonore et lumineuse. Rotations, périodicités, accélération, décélérations. Découverte de l'espace acoustique et visuel. Lent parcours de la macrophonie à la microphonie. Attente de l'objet céleste.
Première fenêtre : transmission du Pulsar de Vela diffusée et spatialisée par 12 haut-parleurs disposés autour du public. Contamination de la vitesse du pulsar aux percussionnistes. Rotations, irrégularités, rapidité.
Deuxième fenêtre : arrivée en direct du pulsar 0359+54 capté par le radiotélescope de Nançay et spatialisé. Interruption brutale par les percussionnistes. Découverte d'un autre espace sonore : les métaux. Chaos granuleux, fusion, coagulations, émergences, bouffées rythmiques analogues aux sons que nous transmet le soleil.
Troisième fenêtre : pulsar imaginaire.
Final : déchaînement progressif des forces centrifuges sonores. Variations de vitesse et accélération.
Quatrième fenêtre : l'instrument pulsar.
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On voit dans cette description que tout l'intérêt est d'être dans des conditions d'écoute qui respecte la spatialisation du son, chose qui est loin d'être évidente avec un dispositif stéréophonique classique. C'est pourquoi ce disque a été mis au format SACD. La production a utilisé le logiciel Spat de l'IRCAM pour produire sur un dispositif 5.1 une scène sonore tridimensionnelle. Le livret indique les spécifications techniques pour optimiser l'écoute. Normalement, ce disque peut se lire sur un lecteur CD classique mais ma platine ne l'a pas accepté. J'ai du passer sur un SACD mais sans avoir le dispositif 5.1. Le résultat est tout de même très bon.
Ce disque a un côté expérimental évident et je pense que ce n'est pas le meilleur de la production musicale de Gérard Grisey. Cependant, l'auditeur fait un beau voyage dans l'espace. Comme le dit le compositeur : "Que l'on ne déduise pas cependant que je suis un adepte de la musique des Sphères ! Il n'est d'autre Musique des Sphères que la Musique Intérieure. Celle-là seule pulse encore plus violemment que nos pulsars et oblige de temps à autre un compositeur à rester à l'écoute".