On en rit à l’avance : vous savez quoi ? Le nouvel album de Bertignac, c’est du rock ! Et du blues, et de la soul ! Farouche révélation, puisque, comme chacun sait, le garçon d’Oran se consacrait plutôt, depuis ses débuts, au macramé et à la poterie chinoise. Ses débuts, parlons-en, justement : ces derniers mois, Téléphone a manqué de peu de nous offrir un éternel retour, et on pourra voir dans la sortie de route de cette résurrection annoncée l’une des racines de Grizzly….Même si tous clament la main sur le cœur que ce n’est que partie remise, il y avait toute cette pulsion, cette énergie mobilisées pour l’occasion, et qui auraient fini saumâtres à tourner en rond...
Et là…Un coup de caisse claire et un riff vicieux, car tortueux, désintègre la bienséance : Bertignac est de retour avec sa Gibson SG, et il entend que cela se sache, et il sait que cela s’entend. Cela dit, le talentueux guitariste et honnête chanteur ne débarque pas seul. Martin Meissonnier (il a œuvré pour la diaspora des musiciens d’Afrique de l’Ouest, mais également, excusez du peu, aux côtés de Jimmy Page et Robert Plant), guide, n’impose pas, mais s’impose comme éclaireur d’une entreprise menée dans la banlieue parisienne du Pré Saint Gervais, nichée dans le home-studio du musicien. Et Meissonnier devient alors le réalisateur que, manifestement, Bertignac attendait de ses vœux, celui qui a la clé du coffre où étaient depuis trop longtemps enfermés les riffs incisifs et les soli ondoyants du monsieur.
Troisième artisan du projet, le parolier Boris Bergman (toujours utile d’avoir un carnet d’adresses copieusement rempli) a déboulé avec ses coquetteries identifiables comme une empreinte digitale (tu mens comme tu m’inspires). Et puis, les musiciens ont fait le cercle de chariots autour du patron : l’efficace - car pas exhibitionniste - Cyril Atef à la batterie, Joyce Jonathan – dont le premier album a été produit par Bertignac - en choriste de luxe, et même Richard Kolinka venu en suer une sur « Tsiganes et Grizzlys ». Voilà : tous les personnages sont en place, le défilé de ces drôles d’animaux (ici, on parle de grizzly, donc, mais également de rhinocéros et autres mouettes) peut débuter. Les riffs éclatent comme des feux de Bengale, l’ombre d’Otis Redding et l’âpreté du son Stax traverse la scène (dans « Pro »), itou pour le Led Zeppelin de « Black Dog » (encore une étrange bestiole), voire d’Hendrix. Et lorsque Bertignac cesse de faire l’ours (cela dit, on n’y croit pas une seconde), c’est pour ouvrir grandes les écluses de la tendresse, dans « Les Filles comme toi », chanson frotti-frotta interprétée par un rocker, c’est-à-dire avec dignité.
Comme le roi Louis ne se méfie ni des chats noirs, ni des peaux de banane, il a accepté que la chanson treize (et conclusive) évoque la mort, comme s’il pouvait, après cela, tirer sa révérence l’âme tranquille. Mais nous, de l’autre côté de l’amplificateur, on est tellement heureux de ses nouvelles roboratives (les premières depuis cinq ans, et l’album, peut-être un peu contre-nature, Longtemps), qu’on a une réponse pas vraiment nuancée au sujet d’une hypothétique retraite : pas question.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story
Cet album est né d'une rencontre (avec Martin Meissonnier, le réalisateur du disque) et d'une évidence qui s'est imposée : les riffs et les solos de guitare, c'est vraiment Louis ! À quoi ça tient l'existence... À rien. Comme le rock. Un seul petit riff peut tout changer. Absolument tout. Bertignac n'a plus rien à (se) prouver. Son moteur? La passion, l'envie d'honorer l'électricité, en toute liberté. Il ne tourne pas autour du rock, ne joue pas au plus malin, il le percute, l'enlace, le ressuscite littéralement. «C'est un album de rock... Un florilège de riffs de guitare« comme le dit lui même Louis. 13 titres sur lesquels la guitare est à l'honneur, un rock animal, psychédélique. Bertignac fait enfin du Bertignac, aurait-on presque envie d'écrire.