Depuis quelques temps, la conduite de Michel Blanc surprend son entourage, qui lui reproche des faits parfois graves dont il ne garde aucun souvenir. Désemparé, l'acteur se tourne vers sa consoeur Carole Bouquet afin qu'elle l'aide à comprendre ce qui cloche.
Primé au festival de Cannes 1994, où il reçut le prix du meilleur scénario,
Grosse fatigue n'est pas seulement une comédie mais avant tout une charge mordante contre le public. Le temps d'un film, les rôles s'inversent. Michel Blanc et Carole Bouquet sont les gens normaux, autour desquels gravitent des personnages caricaturaux, cruels et grossiers : nous !
Ce que nous reproche Michel Blanc ici n'est rien d'autre qu'un réflexe naturel mal maîtrisé. Dans la vie de tous les jours, nous sommes naturellement familiers avec les gens que nous reconnaissons, généralement parce que nous les connaissons ; il arrive aussi que nous développions une connivence avec une personne que nous ne connaissons pas, simplement en la croisant tous les jours au même endroit à la même heure. Sourire, hochement de tête. De la reconnaissance naît la familiarité. Cet instinct, qui fonctionne d'une façon similaire dans le cadre du cinéma, ne va ici que dans un sens. L'acteur subit alors dans la rue une familiarité naturelle et innocente, qu'il ne partage absolument pas, et qui, ironie, le pousse à jouer un peu plus la comédie. Cette relation déséquilibrée entre les acteurs populaires et leur public est au centre du film.
Quinze ans après sa sortie en salle,
Grosse fatigue a un peu vieilli. Certes les dialogues sont toujours aussi drôles et certaines situations demeurent grandioses (Carole Bouquet accomplissant un miracle), mais le rythme, le jeu des acteurs, la crédibilité des personnages, tout cela ne m'a pas semblé aussi réussi qu'à l'époque. A vrai dire j'aurais même mis 3 étoiles au film si le DVD n'avait contenu un bonus passionnant : une interview de 30 minutes environ dans laquelle Michel Blanc expose sa vision du métier avec sincérité et intelligence, agrémentant le tout d'anecdotes et de remarques fort drôles. Pour tout dire, cela donne envie de le connaître. Bon sang Michel, si je te croise dans le métro, c'est décidé je t'alpague !