Les livres d'analyse en langue française sur la guerre civile libanaise sont fort peu nombreux.
C'est tout le mérite de cette étude de vouloir défricher le terrain ardu et complexe des guerres internes au camp chrétien entre 1975 et 1990.
Malheureusement, le plaisir est de courte durée. Dès les premières pages, si la narration des faits et l'étude bibliographique semble rigoureuse, l'analyse et la mise en perspective, indispensable dans ce type d'ouvrage montrent bien vite des signes flagrants de faiblesse.
Dès les premières pages, on tombe sur une citation du XIXème siècle (sic) qui sert de fil rouge à tout l'ouvrage : "les chrétiens du Liban sont une tribu barbare incapable de se gouverner par elle-même (...)", ce à quoi l'auteur ajoute : "plus de cents ans ont passé et la réalité est toujours la même.
Problème : c'est la thèse officielle de la Syrie, intervenant majeur dans le conflit libanais, et de tous ses "alliés", dont Karim Pakradouni, leader pro-syrien des Kataëb (improprement appelées "phalanges" chrétiennes), qui se voit ici cité à plusieurs reprises tout au long de l'ouvrage...
C'est cette excuse de la soi-disante "incivilité sauvage" des libanais qui a permis au syriens d'annexer le Liban en 1990 avec l'aval des USA et d'Israël, fatigués par 15 ans de conflit interminables et désireux de s'offrir les services de la Syrie lors de la première guerre du Golfe...
Cette étude est donc une analyse des guerres inter-chrétiennes, justifiée selon l'angle pro-syrien, ce qui n'est pas sans amener certaines contradictions.
Elie Hobeika, soupçonné par beaucoup d'avoir commandé sur le terrain les massacres de Sabra et Chatila en 1982 (plusieurs centaines d'hommes femmes et enfants sommairement exécutés), mais qui eut la bonne idée de retourner sa veste et de devenir activement pro-syrien, se voit ainsi présenter de façon très favorable comme une énième "victime" du "fanatique" Geagea (seul chef de milice emprisonné à la fin du conflit, il restera plus de dix ans dans une gêole syrienne de 6m2, son procès ayant été qualifié par Amnesty International "d'inéquitable"...mais ce chrétien eut la mauvaise idée de s'opposer à Syrie), etc., etc.
Autre point de déception : les cartes. Peu nombreuses, monochromes, ce sont de simple croquis réalisés à main levée, sans grand soin, avec une échelle approximative et qui se révèlent peu lisibles, et on se demande finalement à quoi elle servent...
Reste donc la narration, assez précise, de dix évènements des guerres entre maronites (de l'attaque d'Ehden en 1978 à la guerre Aoun-Geagea en 1990), mais qu'il faut impérativement contrebalancer avec d'autres lectures et d'autres points de vue sur ces évènements.