« Guide » Un guide montre le chemin, nous dit l'académie. « Erotique » : L'érotisme est lié à une esthétique du plaisir,
Le titre de cet ouvrage est donc doublement trompeur. Ce n'est pas un guide. Il ne montre aucun chemin. Ni au sein des salles des deux musées, ni dans l'évolution de l'érotisme dans la peinture au cours des siècles. Il n'ouvre pas non plus de portes vers d'autres ouvrages, d'autres thèmes, d'autres curiosités. Quant à la qualification ! Erotisme ou pornographie ? Je pencherais plutôt pour la 2ème hypothèse. L'auteur préfère parler de verge ou de phallus que de désirs, de regards, de courbes. Et si la pornographie est le domaine des mots crus, alors cet ouvrage peut lui être rattaché.
Au total au mieux cinquante-cinq oeuvres sont évoquées, la plupart au Louvre, seulement dix à Orsay.
Quand on lit ce livre , la première déception est liée à l'iconographie ou plutôt à son absence. Il nécessite pour être compris l'accompagnement de reproductions trouvées ailleurs. Bien sûr, je comprends les raisons de ce choix. L'inclusion de reproductions aurait signifié le paiement de droits importants qui auraient grevé le prix le l'ouvrage. Mais quelques schémas ou vignettes en noir et blanc ne sauraient permettre au lecteur d'apprécier le choix des aeuvres.
Le sentiment qui suit est lié aux cinq sens. L'auteur insiste sur le toucher, jamais sur la vue. Un indice est fourni par la sur-représentation de la sculpture dans cet échantillon. 24 sculptures pour 30 peintures. Le compte n'y est pas, surtout quand on mesure le nombre de nus qui ne sont pas cités. Aucune mention des baigneuses de Renoir, de nus de Cézanne ou Bonnard par exemple. Ces nus ne sont pas assez « érotiques » au yeux de l'auteur. Il préfère insister sur des gestes équivoques, ou sur le déséquilibre ambigü de certaines positions. On est loin des « valeurs tactiles » de la peinture chères à Berenson.
Le texte enfin est celui d'un auteur amoureux d'une certaine littérature. Pierre Louÿs est cité (quatre fois), ainsi que Flaubert, Voltaire, Valéry, Baudelaire, Gautier, Verlaine, Brasillach, Zola, etc... mais j'aurais préféré des commentaires sur les aeuvres plutôt que des strophes licencieuses.
Les choix de l'auteur sont respectables, même s'ils ne sont pas les miens.
Mais le laxisme dans la réalisation l'est moins. Sauf exception, les artistes sont cités sans référence à leur date de naissance, leurs écoles, leur histoire. Les légendes de la mythologie sont décrites sans référence à leurs auteurs (Hésiode, Homère, Ovide...). Il n'y a pas d'index par peintre ou sculpteur, ni de proposition de parcours dans les musées. Il y a une juxtaposition de thèmes liés à des oeuvres majeures ou mineures, sans réel fil conducteur.
Cet ouvrage m'a donc fortement déçu. Pourtant l'érotisme dans la peinture est un sujet passionnant. On préfèrera par exemple Kenneth Clark (« Le Nu ») ou à tire de comparaison l'analyse exceptionnelle de Daniel Arasse à propos de la Vénus d'Urbin (par Le Titien, aux Offices de Florence).
L'idée de départ était intéressante, la réalisation pêche. Une prochaine édition rectifiera peut-être le tir.