On a peine à comprendre pourquoi cet opéra, qui eut du succès à sa création, entre "Orlando" et "Ariodante", et dont la musique est de premier ordre, est si négligé de nos jours. La superbe production de concert de Christophe Rousset à Beaune en 2002 n'ayant hélas pas donné lieu à un disque, celui de George Petrou était donc très opportun, surtout que c'est une réussite, grâce à la distribution remarquablement homogène de ses six interprètes .
Dans le très lourd rôle principal, celui de Teseo, la solide mezzo Mary-Elen Nesi est aussi à l'aise dans les vocalises guerrières ("Nel pugnar col mostro", I.5, "Qui ti sfido" III.3) que dans la déclaration d'amour ("Sdegnata sei", I.11). En Arianna, même si elle n'égale pas Sandrine Piau avec Rousset, la soprano Mata Katsuli donne une digne réplique, parfois un peu raide dans l'aigu, mais suave de timbre quand elle reste dans le milieu de sa voix ("Se nel bosco", II.15), et même exquisement fragile dans l'inquiétude ("Turbato il mar", III.4). Leur duo final est un modèle de légèreté dans la tendresse ("Mira adesso", III.7). Autre découverte agréable, celle de la soprano Theodora Baka en Alceste : beau timbre et fine musicalité ("Tal'or d'oscuro velo", I.6), sans égaler toutefois Anne-Lise Sollied avec Rousset dans le sublime "Son qual stanco pellegrin" (II.12).
A leurs côtés, la mezzo Irini Karaianni est une Carilda bien caractérisée (fermeté du "Quel cor che adora", I.9), manquant juste un peu de graves dans "Narragli allor" (II.8), mais bien meilleure qu'Ewa Wolak chez Rousset. En revanche, Marita Paparizou (Tauride) est virile à souhait d'expression - elle en fait même un peu trop trop dans l'agressivité guerrière -, mais son timbre acide fait regretter Ann Hallenberg avec Rousset. En Minos, la basse Petros Magoulas est très satisfaisante, à la fois noble et acerbe.
La direction de Petrou est très souple, l'orchestre et le continuo séduisants bien que pas toujours assez précis à cause d'une prise de son trop lointaine. En prime, Petrou nous offre deux airs, et non des moindres, coupés par Rousset. Un seul regret : l'absence de traduction française du livret, d'autant plus gênante qu'il n'y a pas non plus de synopsis pour suivre l'action et, pire, que la traduction anglaise prétend être en vers rimés dont le sens n'a du coup parfois rien à voir !
Mais ce détail n'empêche pas cet enregistrement d'être déjà une référence.