"La Resurrezione" est le deuxième oratorio de Haendel, conçu à Rome comme le précédent "Il Trionfo del tempo" dans la fièvre créatrice que lui inspire la découverte de l'Italie. Comme 'Il Trionfo", c'est un chef d'oeuvre plein de joie de vivre juvénile et de sensualité, malgré le sujet religieux, et comme "Il Trionfo", nombre de ses airs seront réutilisés dans les opéras qui suivront.
Emmanuelle Haïm en fait une lecture très raffinée, avec des options dont l'intelligence est parfois contre-intuitive pour l'auditeur profane : par exemple dans l'air de Saint Jean "Cosi la tortorella", elle allège la première partie lente et plaintive, pour la rendre plus suave et lyrique, et au contraire accentue plus lourdement la seconde partie joyeuse, pour la rendre plus affirmative. D'une façon générale, elle n'hésite pas à prendre des tempi plus lents que d'autres chefs, pour donner plus de champ à l'expressivité de ses interprètes. De même, il faut admirer la souplesse des phrasés qu'elle obtient de son orchestre, par exemple dans l'air de l'Ange "Risorga il mondo", qui sonne trop mécanique avec d'autres chefs. Enfin, les ornements des cadences et des da capo qu'elle suggère à ses solistes sont très soignés. Les femmes chefs d'orchestre sont assez rares pour que son talent mérite qu'on y insiste.
La distribution vocale est parfaite : les deux soprani, Camilla Tilling (l'Ange) et Kate Royal (Marie Madeleine), ont des timbres délicieux, surtout la première : voix légère mais fruitée, bien canalisée, avec une belle couleur italienne des voyelles et des aigus naturels, et qui dans l'air "Se per colpa" a des accents de Chérubin. Marie Cleophas a la voix d'or de l'alto Sonia Prina, aussi adorable dans le lamento "Piangete" que dans les vocalises de l'air de tempête "Naufragando". La basse Luca Pisaroni a le timbre idéalement satanique de Lucifer, et sait haleter de rage sans nuire à son legato dans l'air "O voi, del Erebo". Enfin, le ténor Toby Spence est un Saint Jean au timbre clair, à la voix légère, et au discours très poétique.
Pour comble de bonheur, la prise de son est précise et limpide, bien équilibrée entre l'orchestre et les voix.
C'est pourquoi à notre avis cet enregistrement de 2009 l'emporte nettement sur l'ancienne référence - au demeurant très honorable - qu'était la version de Minkowski (1995).