Héritage se déroule dans l’Univers de «Éon» et «Éternité», mais leur lecture n’est pas indispensable pour la compréhension du livre (elle l’est si vous aimez la bonne S.-F., ce sont de futurs classiques). Le véritable héros de "Héritage" n’est pas le narrateur de l’histoire, mais l’écologie délirante de cette planète nommée Lamarckia. Écologie n’abritant qu’un nombre très limité de formes de vie, mais quelles formes de vie ! Parfois de la taille d’un pays, elles sont polymorphes, imaginatives, en constante mutation, en constante création d’extensions (qui le plus souvent apparaissent comme des formes de vie autonomes) et surtout en constantes guerres avec leurs voisines. Sans conteste une des plus belles constructions de la S.-F. dans ce genre : c’est fou et parfaitement crédible à la fois. Et le suspens est maintenu par l’ultime question : sont-elles conscientes ? Si oui, peut-on communiquer avec elles ?
Le passage le plus inspiré d’Héritage, c’est cette longue expédition naturaliste en bateau, semblable à celles de Darwin à bord du Beagle, et qui plonge la S.-F. la plus dure dans le roman d’aventure maritime du XIXe siècle avec ses capitaines ombrageux, ses monstres marins, ses îles mystérieuses et ses pirates : l’improbable mais parfaite collision entre Stevenson et Lem. Et remercions M. Bear de réhabiliter Jean-Baptiste de Monet, chevalier de Lamarck, savant naturaliste français dont les thèses évolutionnistes initièrent la révolution copernicienne menée par Darwin… et dont une planète portera le nom. Saluons pour terminer la remaquable cohérence de l’œuvre de Greg Bear : «la Musique du sang», «Héritage» et «l’Échelle de Darwin» posent des questions fascinantes sur l’Évolution…