"HOTEL IRIS" décrit la rencontre entre un vieil homme et une adolescente, et la passion sado-masochiste qu'ils vivent ensemble. La force du livre réside en partie dans le choix opéré par OGAWA Yoko de raconter l'histoire à la première personne, à travers le personnage féminin (comme dans l'ensemble de l'œuvre de l'auteur). En effet, le personnage de Mari pose un regard incisif sur sa propre existence, sur sa mère (on retrouve dirigée contre la mère la cruauté qu'affectionne OGAWA dans d'autres de ses romans), sur la mort de son père, sur son attirance étrange pour ce vieillard et le plaisir qu'il y a à souffrir physiquement. L'attente, le désir, le plaisir dans l'anticipation sont des thèmes omniprésents dans "HOTEL IRIS".
Les descriptions sont précises sans être vulgaires. L'intrigue passionne par son étrangeté, et l'on ne peut s'empêcher au fil du livre de s'inquiéter du dénouement. Car comment cela peut-il (bien) finir? Une fois encore, OGAWA s'attache à des personnages qui sortent des modèles socialement acceptables, non seulement au Japon, mais également dans nos pays occidentaux. Et par l'emploi de la première personne, elle nous prive de la distanciation critique, elle s'interdit tout jugement et toute analyse des comportements décrits. Au lecteur de penser par lui-même.
OGAWA Yoko est une femme dont la subtilité et la pudeur rendent les écrits majestueux (non, je n'exagère pas). Si sa renommée n'est pas à la hauteur de son talent, c'est que les thèmes qu'elle aborde et leur traitement ne sont pas calibrés pour le grand public. Au lieu de s'attrister, il faut se réjouir d'avoir avec OGAWA une œuvre intransigeante et d'une qualité esthétique exceptionnelle.