Dr Ilse Gatterbauer, Vienne, Autriche:
J''ai apparemment lu un livre tout différent des autres commentateurs. Mon livre était intéressant, impressionnant avec un angle insolite et original, à la fois intime, discret et sincère écrit par DDV dans sa deuxième année comme premier ministre de la France. À ma connaissance, il n'existe pas de livre comparable, parce que les pensées privées de politiciens ne sont généralement disponibles que dans leurs mémoires. Ce livre ne raconte pas les réussites ou échecs de DDV, ni sa vie «stylisées» et «embellie» par des consultants comme d''habitude et édulcorées avec les anecdotes habituelles. Mais il y a des déclarations et des informations beaucoup plus importantes.
En tant qu''étrangère, je ne m'intéresse à la politique française que de façon indirecte; au travers de l'Europe DDV est un de trois politiciens européens intéressants (une Allemande et deux Français)- les deux Dominiques, DDV et DSK (intellectuels, ayant tous deux une connaissance parfaites de langues étrangères, et tous deux gravement entravés par leurs rivaux politiques avec l'aide du droit pénal).
Le livre se présente d''abord comme une collection de poètes et de leurs vues. Moi, qui jusqu''à présent étais plutôt loin de la poésie, je ne trouvais pas toujours les discours facile à suivre et j''avoue que je me suis perdue quelques fois dans le labyrinthe des nombreuses portraits des poètes. Mais j''ai toujours retrouvé le fil d''Ariane. J'ai été très surprise de trouver non seulement les poètes français et espagnols attendus, mais également le difficile Georg Trakl, le fascinant et bouleversant Thomas Bernhard, l''intransigeante Ingeborg Bachmann et même la belliqueuse et brillante Elfriede Jelinek; Joseph Roth est mentionné, mais pas traité. Comment expliquer qu''un homme d'État français ait accès à ces textes difficiles ?? Est-ce que DDV comprend l''Allemand ? En tous cas il nous emmène vers un défi intellectuel. Ici personne ne joue avec les mots.
Heureusement - pour moi - le livre de DDV n''est pas une œuvre historique. De l'auteur de trois livres sur Napoléon on aurait pu craindre un reflet nostalgique sur la gloire de la France. Malheureusement l''Europe n''est pas unie par son histoire. Au contraire, l''histoire est plutôt un résumé des différents «grands passés», qui souvent s''excluent mutuellement. DDV a su éviter ce piège. Sa passion pour la poésie et sa maîtrise de plusieurs langues le conduisent à une faculté et une qualité très rares dans le domaine de la politique: la capacité a écouter et à suivre les idées des autres, leurs développements, et essayer de les comprendre.
En vérité le livre est un palimpseste: A la surface, les écrivains, leurs idées et leurs batailles sont présentés ; mais les conclusions principales brillent en dessous. Et c'est ça qui compte. De l''underground émerge un discours de valeurs. L'auteur accomplit un travail de conscience permanent formulé en pleine nuit. Ecrire un livre sur ses nuits blanches en tant que premier ministre est en soi un fait courageux. Ces nuits souvent solitaires et douloureuses sont en même temps les seules heures de réflexion, de silence et de paix, permises à un ministre. Indirectement DDV nous montre aussi sa méthode à confronter la politique quotidienne.
C''est un privilège pour les lecteurs de pouvoir suivre le chemin intellectuel de DDV, de lire ses réflexions, la présentation de ses valeurs - qui sont en même temps les valeurs européennes les plus importantes -, ses pensées et apprendre à mieux le connaître. Comme le livre couvre surtout le passé, un second volume serait donc souhaitable, qui nous l'aisserait découvrir ce que DDV pense de l' 'aujourd'hui, et de l''avenir.
En tout cas ni en poésie, ni en politique les «mots» ne sont une sorte de feux d'artifices. Ils sont plutôt le moyen d''expression le plus importants - Dominique de Villepin a raison.