J'ai toujours trouvé la musique des compositeurs post-wagnériens beaucoup trop gluante pour la danse. C'est donc avec une certaine vanité que je lis dans le livret d'accompagnement de ce DVD que Nijinski, pressenti comme chorégraphe pour la création de l'œuvre, estimait indansable la partition de Strauss. Neumeier lui-même trouvait la musique totalement inappropriée à l'argument du ballet et, en acceptant en 1977 d'en faire une nouvelle chorégraphie, il cherchait aussi à relever un défi. Pour cela, Neumeier n'a d'ailleurs pas utilisé la partition originale, mais seulement la suite symphonique que Strauss en tira trente ans plus tard. Il a aussi profondément modifié le livret original, qui était initialement rempli de pantomimes et de tableaux vivants, mais où ne dansait guère. En condensant l'action, Neumeier l'a peut-être privée (comment savoir, sans élément de comparaison ?) de ses respirations. Quoi qu'il en soit, il faut bien admettre que le résultat est peu satisfaisant, et que le créateur n'aurait peut-être pas dû se lancer dans un projet qui ne l'inspirait qu'à moitié. Par rapport à d'autres œuvres ultérieures qui fourmillent d'idées (« Sylvia », « La Dame aux Camélias », « La Petite Sirène », disponibles en DVD...), la danse paraît ici assez pauvre, et souvent répétitive.
En Joseph, Kevin Haigen se montre assez brillant. Dans le rôle de la femme de Putiphar, la grande danseuse noire américaine Judith Jamison est moins convaincante, parce que son style très personnel et très moderne n'est pas ce qui convient le mieux au vocabulaire de Neumeier. Les autres rôles principaux (Putiphar et l'Ange) sont dansés de façon bien trop terne pour que le ballet puisse vraiment décoller. Et le corps de ballet, dans le peu qu'il a à montrer, se montre très limité et brouillon.
Si le décor (unique) de palais égyptien est assez somptueux, ainsi que les costumes (sauf pour le malheureux Joseph affublé d'une ridicule petite tunique et d'un pagne), la réalisation cinématographique (également signée John Neumeier !) est une catastrophe totale. Le ballet étant filmé en studio, sans public, la caméra s'autorise toutes les incursions au milieu des danseurs, qu'elle vient filmer en de gros plans souvent mal cadrés. Faut-il rappeler, une fois de plus, combien ce procédé est absurde : la danse n'est pas conçue pour que le spectateur se promène parmi les danseurs, mais pour qu'il reste tranquillement assis à sa place ! La caméra ne devrait pas oublier cette règle de base, et si Neumeier a presque tous les talents, il n'a manifestement pas celui du cinéma !
Au bout du compte, on s'ennuie pas mal...