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Commentaires client les plus utiles
33 internautes sur 38 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
intéressant mais parfois agaçant,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : HHhH - Prix Goncourt 1er roman 2010 (Broché)
La démarche de Laurent Binet est particulièrement originale dans le cadre d'un récit historique. Non seulement l'événement choisi est peu connu par les néophytes comme moi et la résistance tchèque peu évoquée, me semble-t-il, dans le monceau de romans français sur la 2ème guerre mondiale. Mais en plus il est intéressant de découvrir la démarche de l'historien qu'il est, ses motivations, ses sources . Mais il ne faut pas que les commentaires personnels prennent le pas sur le récit. C'est un peu ce qui se passe ici tant ses atermoiements sur des détails ralentissent l'action. Et pour la lectrice que je suis, peu m'importe ce que sa compagne ou son frère ou Marjane Satrapi (sic) pense de telle ou telle de ses formulations. Certes, il nous invite indirectement à nous méfier des ouvrages historiques où les faits sont livrés "tout cuits" par l'auteur dont l'imagination remplit les blancs laissés par l'Histoire. L'honnêteté intellectuelle de Laurent Binet est louable, mais il en fait parfois trop, la moitié de son roman étant livrée à des digressions plus ou moins intéressantes! J'avoue avoir été parfois très agacée par ce mélange des genres mais les cent dernières pages sont assez époustouflantes et ne serait-ce que pour elles, ce roman mérite d'être lu.
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137 internautes sur 161 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Avis partagé,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : HHhH - Prix Goncourt 1er roman 2010 (Broché)
Commençons par ce qu'il y a de positif. Le travail de documentation et de recherche de Laurent Binet a été colossal. Il a passé en revue une grande variété de sources, certaines célèbres, d'autres très confidentielles, pour trouver la matière historique de son roman. Je connais assez bien le sujet, mais j'ai appris beaucoup de détails sur les individus qui ont fait l'histoire que Laurent Binet raconte, qu'il s'agisse des résistants tchèques, à la fois héroïques et amateurs, des hommes politiques des démocraties, généralement pleutres et inconscients, ou des officiels nazis, dont la personnalité est toujours un surprenant mélange d'incongruité et d'inhumanité, de faiblesse morale, de vilenie et d'intrépidité (la "capacité" des nazis à traiter les actions les plus inhumaines sous l'angle purement technique est et restera pour moi un sujet de perpétuelle stupeur). De plus, Laurent Binet aime Prague, où se déroule l'essentiel de l'action de son oeuvre, et il connaît bien la ville. Comme Schliemann sur les ruines de Troie, il a marché dans les pas des personnages dont il narre la vie. Il parvient à transmettre cet amour, c'est indiscutable, et à nous plonger dans l'ambiance de Prague occupée avec un talent de romancier consommé.Surtout, Laurent Binet parvient à s'extraire de l'attitude bien-pensante qui se borne à condamner l'horreur sans regarder en face le fait que la capacité de l'être humain à s'égarer dans l'erreur et le mal est tout simplement infinie. Autre grand courage de Laurent Binet : il ose exposer que les nazis eux-mêmes, qu'il s'agisse des simples soldats des Einsatzgruppen, des officiers SS ou des dignitaires du régime étaient eux-mêmes horrifiés par les actions d'extermination du régime au point de craquer et de sombrer dans l'alcool, la drogue ou la quasi-folie. L'exposé de cette réalité permet de briser le manichéisme habituel qui place d'un côté des nazis inhumains, barbares et cruels et le reste du monde, toujours bienveillant et animé des meilleurs sentiments de l'autre. Il montre que l'histoire de la seconde guerre mondiale est en fait celle d'une infinie complexité : on voit des résistants trahir, des nazis passer à l'ennemi, des agents doubles, triples, Himmler qui en donnait l'ordre mais qui s'évanouit devant une exécution de masse. Bref, il parvient à éviter l'anathème qui n'enseigne rien et, en cela, le roman de Laurent Binet est un exercice d'équilibriste réussi. Par contre, Laurent Binet ne sait pas l'allemand, ce qui le conduit à faire une faute de langue presque à chaque fois qu'il utilise un terme allemand : les féminins deviennent des masculins, les singuliers des pluriels. Après tant de travail de recherche, il aurait pu se faire relire par un spécialiste germanophone de la période, ce d'autant plus qu'il se pose les questions que tous les historiens se sont posés avant lui sur la bonne méthode à employer en recherche historique. Comment établir un fait ? quel part doit-on laisser à l'intuition que suscite l'intimité avec son sujet dans l'écriture historique ? Ce questionnement est sain, mais était-il nécessaire de consacrer tant de pages aux atermoiements de Laurent Binet, à ses hésitations à admettre ou à refuser l'historicité d'un fait ? était-il nécessaire de nous faire part des inquiétudes au sujet de la possible réception de l'oeuvre par Marjane Satrapi, par son demi-frère ou par sa compagne du moment ? Bien souvent, HHhH devient une narration narcissique des méditations finalement assez plates de Laurent Binet sur le travail d'historien (décidément, Marc Bloch nous manque !). Qui a lu l'un des nombreux philosophes à s'être posés des questions sur les méthodes de l'historien ne pourra pas sans lassitude achever bien des pages de l'oeuvre de Laurent Binet. Enfin perce dans ce roman l'univers intellectuel de Laurent Binet : son père communiste à la mode des années 1950-1960 (mais attention ! les crimes communistes, comme le fait que l'Armée rouge soit restée l'arme au pied pendant que les malheureux habitants de Varsovie s'insurgeaient contre l'occupant nazi sont, eux, passés sous silence, et le communisme soviétique reste un sujet d'affectueuse nostalgie), la mentalité de petit prof de l'Education Nationale qui n'a pas réglé son conflit d'adolescent avec l'autorité et qui le transpose dans son opposition à son ministre (page 277), les plaidoyers pro domo en faveur de "l'honorable corporation" des professeurs de l'Education Nationale (et pas du privé, horribile dictu), la conviction stupide qui le pousse à affirmer que la subversion est un bien en soi, la conviction que "le sport est une belle saloperie fasciste" (page 277 encore) - merci pour Pierre de Coubertin ! -, les références d'adolescent aux "Inrocks" et à Enki Bilal, l'observation oiseuse que "les patrons sont de tout temps obsédés par le rendement de leurs ouvriers", tout cela dénote le petit fonctionnaire protégé qui de sa vie n'a connu que l'école, et qui n'a jamais exercé de responsabilité face à son personnel, à ses fournisseurs ou à ses clients. Cette Weltanschauung de fonctionnaire corporatiste donne au roman de Laurent Binet un ton immature qui agace, page après page, et qui gâte un travail de documentation et d'écriture qui par ailleurs aurait pu faire un excellent roman. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
2.0 étoiles sur 5
Presque un Roman ....,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : HHhH - Prix Goncourt 1er roman 2010 (Broché)
C'est l'histoire d'un auteur qui raconte l'histoire d'un homme (l'auteur lui même) qui enquête sur le parcours des assassins de Reinhard Heydrich. Le tout donnant un livre primé.Le sujet de fond est donc l'assassinat de l'un des hommes les plus terrifiants et les plus puissants du régime nazi par un commando de trois hommes, Josef Val'ik Jozef Gab'ik et Jan Kubi¨. Si le sujet est traité en profondeur avec ce qu'il faut de détails et précisions, pour moi ce livre est un roman à moitié raté, ou réussi; c'est selon. Les trois principaux points noirs de ce livre sont les suivants : - La mise en abyme: L'auteur raconte l'histoire de ... lui même en train de faire des recherches historiques et d'écrire son roman sur l'un des actes de résistance les plus glorieux de la seconde guerre mondiale. Cette mise en abyme plonge le lecteur entre deux eaux : à moitié dans l'histoire du commando, à moitié dans celle de l'auteur. Il ressort de ce procédé un sentiment mitigé : jamais avec l'un ou avec l'autre, le lecteur a du mal à plonger dans l'une des deux histoires. Et quand on vient à se laisser absorber par l'une des deux, celle du commando en principe, l'Auteur vient nous en tirer pour nous plonger dans l'autre ! Un coté réveil matin fort peu agréable. - La présentation des cuisines: La mise en abyme amène l'auteur à nous expliquer comment il a construit son roman, les recherches historiques, les déplacements ... On passe en quelque sorte dans les cuisines pour une présentation détaillée de la façon dont a été réalisé le plat qui vient de nous être servi ! Je me rappelle en particulier quelques longues phrases sur la couleur de la voiture de Heydrich et sur le travail réalisé par l'auteur afin de mentionner la couleur exacte de celle-ci; contrairement à d'autres auteurs (mentionnés dans le roman!) qui n'ont pas réalisé un tel travail. On a ainsi parfois l'impression que l'auteur veut nous montrer à quel point il a bien travaillé. Ce dont nous ne doutions pas ! Il y a donc un coté élève pas sûr de la qualité de son travail qui au moment de rendre sa copie se lance dans un descriptif de ses heures d'études et des efforts réalisés dans le but d'obtenir la bienveillance de la maîtresse au moment de la correction ! Ca ressemble à s'y méprendre à un manque de confiance en soi. Mais c'est vrai qu'il s'agit d'un premier roman. - Le coup de pistolet au milieu du concert: Stendhal a écrit dans le Rouge et le Noir: "La politique au milieu des intérêts d'imagination, c'est un coup de pistolet au milieu d'un concert". L'Auteur cède parfois à ce travers en nous faisant part de ses commentaires politiques et comme le souligne Stendhal ils sont au mieux inintéressants, au pire irritants selon le bord politique du lecteur. Ainsi les commentaires sur l'Education Nationale ... qui dénotent le bord politique de l'Auteur. Sans intérêt ou irritant. Au choix. Ce livre n'est donc pas complètement un roman. L'Auteur a eu peur de se jeter à l'eau en traitant uniquement la seule histoire qui nous intéresse : celle du commando de résistants. Cette erreur initiale pousse l'Auteur à nous balader des cuisines de sa littérature - sans intérêt à mon humble avis (les cuisines... pas la littérature!) - aux commentaires politiques annexes. Ces derniers pouvant exaspérer certains lecteurs. Note de la maîtresse sur le carnet de correspondance : "Elève avec des possibilités, doit prendre confiance en lui pour donner sa pleine mesure." Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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