Le film inquiète , comme souvent chez DRUMONT : les acteurs sont plus ou moins amateurs , l'héroîne est le plus souvent laide , parfois belle , vêtue d'un sac à patates ... le jeune des banlieues , scooterman suicidaire dans Paris , les parents fantômes dans l'incroyable appartement de l'Île Saint-Louis ...les conditions d'un ratage semblent réunies , d'un naufrage dans un ridicule prétentieux ...
Mais très vite , l'étrangeté est là , radicale et fulgurante , qui me submerge : la jeune vierge qui déclare au gamin , ébahi , qu'elle se garde pour son époux Le Christ ! en 2012 !! Le film empoigne et , en même temps , soulève l'esprit puis l'âme ...
Tant de séquences admirables : les plans de l'abbaye du Nord , de la campagne , le sauvetage par l'ouvrier demi délinquant et figure d'un Jésus ? l'extraordinaire séquence ( à Gaza ? ) où l'héroîne psalmodie les raisons de sa foi , en français traduit simultanément en arabe , de son abandon à l'absolu , y compris dans un projet criminel qui la dépasse , car la mystique entretient des liens avec la folie , au sens humain des choses ...cette caméra extatique ET rigoureuse , qui vous fera jaillir les larmes à la vue d'un simple bord d'étang , de quelques fleurs , d'un potager , d'un ciel du Nord ...
Sacré Bruno DUMONT qui nous explique inlassablement qu'il est athée mais qui lit saint Thomas d'Aquin , Saint Augustin ... mais dont chaque film creuse inlassablement le mystère de nos vies , traque l'évidence et l'absence ( et selon moi , de la part du cinéaste , l'espérance ) de quelque chose qui nous dépasse ...