Enregistrer un tel chef d'oeuvre en direct, avec une équipe presque exclusivement française, était un défi méritoire et... très partiellement réussi. Jean-Claude Malgoire et son orchestre sont irréprochables, et la prise de son excellente, mais le plateau inégal. Disons tout de suite le meilleur : La soprano Véronique Gens, pourtant plus familière du répertoire du XVII° siècle, est une merveilleuse Agrippine (superbe accompagnato "Pensieri"), toute en finesse de caractérisation et en sensualité de son timbre velouté, loin des mégères trop souvent rencontrées dans ce rôle (Della Jones chez Gardiner). A ses côtés, le contre-ténor Philippe Jaroussky est un Néron assez efféminé, à la technique dèjà impressionnante (vocalises du "Come nube"), mais au timbre encore un peu trop vert et acidulé. La Poppée de la soprano Ingrid Perruche est honnête, mais sa voix trop tendue est sans grand charme. Le baryton Nigel Smith est un Claudio noble, mais qui manque de graves. En Pallante, la basse Bernard Deletré montre son sens du théâtre, alors que Fabrice Di Falco (Narciso) confirme que les sopranistes n'ont pas leur place à l'opéra (ni ailleurs). Enfin, le rôle d'Ottone est gâché par la voix droite, sans timbre ni projection du contre-ténor Thierry Grégoire. Par ailleurs, déplorons les trop nombreuses coupures d'airs et de da capo. Inutile de se procurer le dvd de cette production : la mise en scène en est indigente et les costumes ridicules : il vaut bien mieux l'écouter les yeux fermés, en attendant une meilleure version (Gardiner en 1991-92 n'est pas vraiment meilleur, tandis que McGegan et Hogwood sont franchement mauvais).