Il est de bon ton de faire la fine bouche devant les productions des opéras de Haendel par Alan Curtis, trop systématiquement taxé de mollesse et de superficialité : disons que son travail prolifique est fatalement inégal, mais qu'il comprend des réussites évidentes, telle cette Alcina dont le plateau vocal est remarquablement homogène, même dans les rôles secondaires : Vito Priante est un Melisso pondéré ("Pensa a chi geme", Acte II scène 1), Laura Cherici en Oberto a la limpidité qui convient ("Chi m'insegna", I.3), Van Rensburg a une voix claire qui rajeunit Oronte ("E un folle", II.10), la Bradamante de Sonia Prina caracole avec aisance dans ses vocalises ("Vorrei vendicarmi", II.2), Maité Beaumont est un Ruggiero qui assume sa frivolité ("Verdi prati", II.12), Karina Gauvin est une Morgana moins légère qu'on ne s'y attend ("Credete al mio dolore", III.1), et Joyce DiDonato se tire vaillamment d'un rôle d'Alcina qui n'est pas a priori pour sa tessiture ("Ah! mio cor", II.8). S'il est vrai que la direction de Curtis est parfois trop molle ("Di te mi rido", I.4) et ses tempi trop modérés ("E un folle", II.10), ce défaut est compensé par une prise de son merveilleusement précise et aérée. Sans prétendre supplanter la version de Hikcox avec la sublime Arleen Auger, cette "Alcina" est la meilleure parue depuis près de 30 ans.