« Deidamia » est le dernier de la quarantaine d'opéras composés par Haendel , et il y a quelque tristesse à considérer ce créateur contraint par l'évolution du goût de la haute société anglaise à l'abandon du genre où il excella entre tous, et terminant sa carrière par plusieurs échecs publics. Mais il faut se consoler à l'idée que l'opéra baroque italien devait bien finir un jour, et que le génie de Haendel en la matière devait commencer à s'émousser.
En effet, « Deidamia » n'est pas un chef d'oeuvre, et si l'on a souvent plus d'indulgence pour l'interprétation des oeuvres de second rang que pour celle des grands opus, il faut avouer que cet enregistrement d'Alan Curtis n'est pas un sommet de sa discographie.
Le livret tout d'abord est une comédie légère, fondée sur le travestissement et le marivaudage sur fond mythologique : cela donne des récitatifs bavards et d'autant plus ennuyeux que l'on ne daigne pas, chez Virgin, nous en donner la traduction française.
Ensuite la musique est fort inégale : de nombreux airs assez banals y côtoient quelques très beaux morceaux, mais Alan Curtis, comme trop souvent, s'interdit d'intervenir pour animer la partition, à part un timide sforzando ça et là.
Du coup, les potentialités des chanteurs, pourtant tous de très bon niveau, ne sont pas exploitées au maximum : c'est, de loin, la mezzo Anna Bonitatibus (Ulisse) qui domine le plateau de son timbre de velours, maintenu avec une admirable souplesse jusque dans la fureur (« Perdere il bene amato », I.5).
Les deux barytons s'en tirent aussi fort bien : Furio Zanasi (Fenice) dans la légèreté (« Presso ad occhi esperti », II.7), et surtout Antonio Abete (Licomedo) dans la noblesse de son timbre chaud : dans « Nel riposo » (II.4) il évoque la fatigue de l'âge avec la douceur d'un « sommeil » de Purcell.
Quant aux trois soprani, elles sont plus inégales : Anna Maria Panzarella est un Achille assez transparent, qui ne s'éveille pour de bon que dans son « Ai Graeci » (III.2). Dominique Labelle (Nerea), d'abord hésitante, prend peu à peu de l'assurance et se tire avec une aisance naturelle du difficile « Si che desio » (I.4). Mais on est embarrassé pour apprécier le cas de Simone Kermes, dans le rôle-titre : sa technique virtuose et ses aigus faciles font impression, mais à la longue, la froideur de sa voix droite et monochrome finit par fatiguer et ennuyer : son air de rossignol « Nasconde l'usignol » (I.5) illustre de façon emblématique son cantabile sans consonnes et, on le craint, sans beaucoup de sensibilité. Et la comparaison de son « M'hai resa infelice » (III.2) avec celui de Sandrine Piau en récital (avec Christophe Rousset en 2004) nous rappelle ce que c'est que des vocalises sur le souffle.
Tel quel, ce disque intéressera donc tout amateur passionné d'opéra haendélien, mais sans plus...