La musique sacrée en latin tient peu de place dans l'oeuvre de Haendel, et une place peu spécifique, puisqu'il s'agit de la même musique - parfois littéralement - que celle des cantates et oratorios profanes en italien écrits à la même époque de sa jeunesse, dont elle possède l'audace, la fraîcheur, et la vigueur extravertie. Cette musique est magnifique, et fournit un témoignage de plus de l'explosion du génie de Haendel lors de son séjour italien.
Le "Saeviat tellus", qui enchasse deux mouvements très doux entre deux pièces triomphantes et virtuoses faisant irrésistiblement penser à l'oratorio "La Resurrezione", est vaillamment maîtrisé par la soprano Annick Massis, jusques et y compris les contre-ré (en fait, des contre-ut, au diapason baroque la 392).
Le "Laudate pueri", en ré majeur lui aussi, est à peine moins brillant, construit sur le même principe mais avec l'adjonction des choeurs : la mezzo Magdalena Kosena s'en tire fort bien, avec un peu moins de présence toutefois.
On la retrouve dans le "Salve Regina" en sol mineur, une pièce douloureuse dont Minkowski exagère l'expressionnisme en abusant à notre avis de la lenteur et des silences dans le "Ad Te clamamus", ce qui casse l'intensité au lieu de l'augmenter.
Le plat de résistance est évidemment le célèbre "Dixit Dominus" : Minkowski en restitue parfaitement la frénésie affirmative des choeurs, écrits avec une science des rythmes et du contrepoint confondantes. On admirera aussi la fluidité du discours de Massis dans le "Tecum principium" et la suave intériorité du dialogue des deux soprani dans le "De torrente".
Pour compléter ce beau disque, qui est une des dernières productions du Minkowski de la grande époque (les années 90), on conseillera la version ancienne, mais honnête, d'Andrew Parrott des motets restants : "Te decus", "Nisi Dominus", et "Haec est Regina", chez EMI.