En revenant au style héroïque dans cet opéra, Haendel espérait renouer avec le succès au milieu de sa carrière : ce fut un échec, que la qualité de l'oeuvre ne méritait pas. Certes le sujet est banal, mais pas la musique, même s'il il n'y a aucun air exceptionnel. Pour faire revivre Lotario, Alan Curtis a fait presque un sans faute dans la distribution : d'abord avec un tiercé gagnant de mezzos égales par la technique et la musicalité, mais aux timbres bien différenciés : celui à la fois chaleureux et viril de Sara Mingardo pour le noble rôle-titre, celui très sombre et sensuel de Sonia Prina pour la "méchante" Matilde, et celui très clair d'Hilary Summers pour le jeune et innocent Ildeberto. Pour les "méchants" masculins, la solide basse de Vito Priante (Clodomiro) et le clair ténor Steve Davislim (Berengario) étaient aussi de bons choix, même si ce dernier a fort à faire dans les vocalises interminables de deux de ses airs. Tout serait donc parfait, sans le choix de Simone Kermès comme prima donna (Adelaïde) : son aisance évidente dans les aigus ne compense ni son timbre trop pointu, ni son émission flûtée, ni son style affecté, ni ses ornements démesurés et un brin hystériques, qui confèrent un ton de frivolité incongru aux plus sérieux de ses airs. La prise de son est bonne, mais la direction de Curtis un peu routinière, comme souvent. Ajoutons que l'absence de traduction française du livret est très gênante pour suivre les récitatifs. Reste que ce coffret sans concurrent est une acquisition très recommandable pour tout amateur d'opéra haendélien.