Haendel : Serse, Rousset, Dresde, juin 2000, 1 DVD TDK
Cet opéra créé en 1738, et qui fut un échec (cinq représentations) est une oeuvre expérimentale renonçant assez souvent à la structure figée des arias da capo (A-B-A) pour des ariettes ou arioso (A-B ou A seul) ce qui permet une action scénique beaucoup plus serrée, et préfigure celle que Mozart développera encore. Oeuvre restée longtemps célèbre pour ce qu'on appelait le "largo de Haendel", joué dans tous les kiosques, repris dans tous les coffrets best-of (avant même que cela porte ce nom) de la musique classique, le fameux "Ombra mai fu", premier aria de l'opéra, durant lequel Xerxès chante sa passion pour un platane et pour la qualité de son ombre, oui, oui ! Même si Xerxès ne passe pour un souverain émérite, on peut penser que cette anecdote rapportée par Hérodote, est une perfidie inventée de toutes pièces par le "Père de l'Histoire" pour ridiculiser encore davantage l'envahisseur vaincu aux yeux de ses compatriotes, trop rationnels, eux, pour s'amouracher d'un arbre et le couvrir de pierreries.
La mise en scène de Michael Hampe, dans des décors et des costumes noir et argent créant d'excessifs contrastes et reflets ce qui fait que l'image est souvent tout à la fois sous et surexposée, transpose l'intrigue dans la Perse des Shahs au début du XX° siècle, avec de belles trouvailles de mise en situation, une cour composée de personnages occidentaux et orientaux, des serviteurs, des gardes du corps, et un rôle muet, celui du Grand Chambellan, muet mais non inexpressif (plus drôle que le personnage comique d'Elviro), et qui pimente de ses mimiques perplexes une intrigue basée sur un conflit sentimental entre deux frères Xerxès et Arsamène, et trois amoureuses jalouses, bafouées, roublardes, remuantes et bousculées, tout cela se terminant par un happy-end aussi arbitraire qu'obligatoire, mais peu importe.
L'intérêt est dans la musique de Haendel, servie superbement par le petit génie (cheveux bouclés comme un page des Médicis tel qu'il se présentait encore en l'an 2000) nommé Christophe Rousset, et cinq cantatrices, d'où mon titre d'"opéra de ces dames" : Paula Rasmussen, Serse, belle voix et bonne actrice; Ann Hallenberg, Arsamène, vocalement supérieure à Rasmussen mais moins à l'aise dans son rôle travesti qu'elle n'arrive pas à rendre scéniquement crédible; Isabel Bayrakdarian, Romilda, voix ronde et ample, d'une belle puissance dramatique; Sandrine Piau, Atalanta, époustouflante meneuse de feux d'artifices vocaux, drôle, ironique, irrésistible; Patricia Bardon, Amastre, sombre mezzo jalouse, vengeresse et sensuelle. Distribution excellentissime que seules déparent les deux voix masculines, Elviro et Ariodate.
A voir et revoir sans se lasser.