Marc Minkowski est capable du meilleur comme du pire. Voici le pire !
Ce serait bien malhonnête de ma part de ne pas dire que j'ai ressenti un certain plaisir lors des premières écoutes. Mais hélàs, quelques écoutes supplémentaires ont suffi à me faire déchanter : cette version est assurément la plus inégale et Bâclée de la discographie. La perfection instrumentale n'a jamais été le propre de Minkowski, de même que le raffinement, qu'il juge éphémère et artificiel. Mais quand même, un minimum de tenue n'aurait pas été du luxe. L'orchestre a étalé tout son jeu dès l'ouverture : couleurs limitées et peu variées, cordes très présentes au détriment de l'harmonie, à la couleur unique, clavecin et orgue très présents dans leurs interventions et suppression des deux cors. La direction de Minkowski ne fait rien pour cacher les limites de son orchestre : pire, il les accentue. Sa direction ultra contrastée enchaîne les passages très lents et les courses poursuites. Si bien que le choeur montre plus d'une fois ses limites : fêlures de bien des voix, vibrato parfois envahissant, tendance très marquée pour la vocifération et manque d'aisance dans les vocalises. A version très contrastée, théâtrale, plateau très théâtral mais ignorant les mystères de la liturgie. Lynne Dawson sait parfois être bouleversante (sa Didon avec René Jacobs est un grand moment de musique de même que sa Plainte avec William Christie) mais jamais ici à cause d'une déclamation trop appuyée et d'une tendance à crier plus qu'habiter la musique. Brian Asawa est transparent et inexpressif dans ses interventions (mais mon avis est très subjectif car je ne goûte guère les voix de contre-ténor) Nicole Heaston est la championne des roucoulades vocales, lesquelles ne s'accompagnent pas de retenue et qui ruinent chacune de ses interventions. Charlotte Hellekant tombe dans le travers inverse de Lynne Dawson et sussurre plus qu'elle ne chante, si bien que son chant frise parfois le carricatural. Russell Smythe manque quelque peu de charisme mais s'en tire honorablement. En revanche, Brian Bannatyne Scott est d'une neutralité spectaculaire dans toutes ses interventions et pas toujours juste en plus. Seuls John Mark Ainsley, noble, éloquent et parfois prophétique
et Magdalena Kozena, rayonnante, illuminant ses deux airs de sa voix chaude et expressive (ce qui n'est pas tout le temps le cas) Elle fait le prix de l'album.
Si Minkowski avait vraiment voulu réussir ce disque, cette version aurait pu être intéressante. Mais desservie de la sorte, on ne peut y souscrire. Avec un choeur et un orchestre à la Mac Creesh (ma version favorite), imaginez ce qu'aurait donné ce prestissime Hallelujah et tout le reste de l'oeuvre d'ailleurs (avec un casting de solistes beaucoup plus homogène) En très bref : une version très très décevante !!!