Avec Radamisto, qui fut un gros succès pour Haendel, nous sommes dans les intrigues de cour orientales à la Bajazet, où la politique est soumise aux passions de l'amour. Alan Curtis en donne une version scrupuleuse, avec une distribution de choix : la mezzo Joyce DiDonato est rayonnante dans le rôle titre, tant dans l' air de bravoure ("Vanne, sorella ingrata") que dans son lamento du troisième acte (Qual nave smarrita"); on regrettera d'autant plus que dans le sublime "Dolce bene di quest'alma" l'orchestre manque de lyrisme (tenues de hautbois trop discrètes : comparer avec la version de McGegan). L'autre mezzo, Maïté Beaumont (Zenobia), lui répond parfaitement avec son timbre plus sombre (magnifique lamento "Deggio dunque" de l'acte III). De leur côté, les trois soprani sont loin de démériter : d'emblée Patricia Ciofi (Polissena) enchante la cavatine "Sommi Dei" qui introduit le premier acte, et séduit par sa voix claire et son émission libre dans son "Non sara quest'alma mia" final, même si elle manque un peu de présence dans "Barbaro, partiro"). En Fraarte, Dominique Labelle compense son timbre un peu terne par une merveilleuse légèreté dans ses vocalises (redoutable "S'adopri il braccio armato)"). Enfin Laura Cherici (Tigrane) séduit par la pureté de son timbre dès le "Deh, fuggi" du premier acte. Chez les hommes, Carlo Lepore est un Farasmane noble et encore vaillant (da capo du "Son lievi le catene"), mais le maillon faible du plateau est le ténor Zachary Stains, dont le timbre nasal tire le personnage de Tiridate vers la caricature. Seuls autres bémols de cette production : la prise de son assez dure, qui rend moins séduisants que d'habitude les timbres du Complesso Barocco, et l'absence de traduction française du détail du livret.
En conclusion, une belle et bonne version qui l'emporte aisément sur la précédente de McGegan.