L'oratorio doit son existence à l'interdiction qui fut faite aux compositeurs d'opéras du XVIe siècle d'utiliser les textes sacrés à des fins scéniques. Tout à la fois proche et éloigné de l'opéra, il reprend le plus souvent des épisodes bibliques qu'il met en forme avec le soutien d'un orchestre, d'un orgue ainsi que d'un chaeur et de quelques solistes. Toute la difficulté pour les interprètes réside alors dans leur capacité à restituer la trame de l'aeuvre, sans bénéficier de l'aide visuelle que leur consent l'opéra. Ici, la mise en scène est donc purement imaginaire, l'auditeur restant son propre maître. La qualité du plateau de solistes revêt donc une importance toute particulière, et les options choisies par la direction sont primordiales. Rien qu'à ce titre, la version que Minkowski et les Musiciens du Louvre nous donnent du premier oratorio sacré composé par Haendel, est exemplaire. Basée sur l'opposition qui s'établit entre le bien et le mal - un sujet récurent s'il en est -, l'interprétation s'effectue avec un parfait respect du scénario, chacun, de Lucifer à Marie-Madeleine, incarnant son rôle avec une rare vraisemblance. On notera également une prestation orchestrale de toute beauté et une captation sonore conforme aux meilleures réalisations du label. Un sans faute.