Pour le rôle très lourd de Rodelinda, on comprend qu'Alan Curtis ait choisi une soprano à la technique et à la justesse impeccables, au soutien sans défaillance comme l'est Simone Kermes, dont le timbre incisif convient d'ailleurs assez bien à la fierté du personnage, et dont l'aisance dans les aigus est impressionnante. On regrettera toutefois qu'elle cède trop souvent à la démonstration superflue de ses talents dans les ornements suraigus de ses da capo, alors que par ailleurs elle manque parfois d'expressivité (sa voix de petite fille dans "Ombre piante", par exemple). En revanche, le choix de Marijana Mijanovic pour Bertarido est beaucoup plus discutable : elle a certes le timbre de mezzo approprié, mais ses défauts habituels sont flagrants : soutien irrégulier, émission instable, vibrato incontrôlé, aigus détimbrés - même si elle a quelques bons moments, comme dans le redoutable "Vivi tiranno", ou dans l'émouvant duo "Io t'abbraccio". Au ténor Steve Davislim, on reprocherait à tort un excès de suavité : certes son Grimoaldo accentue la face « sensible » du personnage (à l'inverse d'un Kurt Streit très agressif dans la version de Christie à Glyndebourne), mais pourquoi pas, dans la mesure où son timbre très clair et velouté l'y porte. A Edvige, Sonia Prina prête son beau timbre charnu et sa souple légèreté dans les vocalises, Marie-Nicole Lemieux est un Unolfo honnête, pas tout à fait assez impliqué, et Vito Priante un Garibaldo point trop caricatural, à peine un peu trop aboyé dans "Tiranna gli diede". Reste la direction d'Alan Curtis : élégante comme toujours, mais comme souvent trop superficielle, par exemple quand, derrière le vigoureux "Spietati , io vi giurai" de sa prima donna, il fait entendre un accompagnement badin et sautillant. La prise de son est très bonne, et l'on reste d'autant plus frustré par les défauts qui empêchent cette réalisation d'être totalement aboutie.