Teseo est le seul opéra de Haendel qui reprenne à la lettre le livret d'une tragédie lyrique de Quinault : étrange idée, qui explique peut-être sa réussite très imparfaite. Malgré les coupures dans les récitatifs, et malgré les tempi souvent rapides du chef Marc Minkowski, l'oeuvre s'étire en longueur sur ses cinq actes. Les airs sont courts, mais trop nombreux, tantôt accompagnés par des instruments solistes à la française (hautbois, flûte, basson, violon),tantôt réduits à la portion congrue d'un continuo maigrichon. Dans le rôle principal de Médée, Della Jones est dramatique à souhaits, mais l'ambitus très large de son rôle la force à poitriner des graves franchement laids. On peut faire un peu le même reproche à Eirian James, qui s'investit elle aussi beaucoup théâtralement dans le rôle-titre, mais dont le vibrato est gênant. On se repose l'oreille avec la voix douce de Julia Gooding, dont l'Agilea est malheureusement trop timide. Pour le rôle d'Egeo, le choix d'un contre-ténor, même aussi virtuose et extraverti que Derek Lee Ragin, est une erreur : il n'a pas la plénitude de timbre requise. Enfin, Catherine Napoli est une Clitia honnête, sans plus, et le contre-ténor Jeffery Gall est un Arcane très falot. Surestimée lors de sa sortie, cette production d'une oeuvre peu représentée - ne parlons pas du DVD calamiteux produit par Axel Köhler chez Arthaus en 2005 - laisse donc dans l'attente d'une meilleure réussite.