On n'est pas surpris que l'opéra de Haendel sur Richard Coeur de lion intéresse particulièrement les Anglais, et que Paul Goodwin s'y soit essayé, douze ans après l'enregistrement pionnier de Christophe Rousset. Mais en bon Anglais, il a choisi pour le rôle-titre un contre-ténor, Lawrence Zazzo qui, malgré ses qualités musicales indéniables, n'a pas l'étoffe nécessaire. Le choix de la soprano Nuria Rial pour incarner Costanza est moins discutable : la voix est claire et naturelle, mais son interprétation manque terriblement d'intériorité, dans un style trop uniformément brillant, léger, voire sautillant là où on attendrait un legato plus habité ("Vieni, morte !", "Di notte il pellegrino"). Heureusement, on est beaucoup plus satisfait de la Pulcheria de Geraldine McGreevy : bien que son soprano soit un peu trop clair pour le rôle, et malgré quelques raideurs ponctuelles, elle convainc par sa technique et son engagement sans faille, surclassant Claire Brua dans la version de Christophe Rousset. Mais les choses se gâtent du côté des hommes : l'Isacio de David Wilson-Johnson a une voix claire, mais manque de projection dans les graves, le Berardo de Curtis Streetman est pâteux et essoufflé, et l'Oronte du contre-ténor Tim Mead, qu'on connaîtra meilleur dans Admeto deux ans plus tard, a une émission pointue et un style apprêté. Les tempi choisis par Goodwin sont souvent plus vifs que ceux de Rousset, mais sa direction est trop extravertie. La prise de son, légèrement réverbérée, est satisfaisante.
Au total, une version qui n'entame pas la suprématie de celle de Rousset de 1995.