Décidément, Haendel n'a pas que de la chance au disque, du moins ces derniers temps. Quelques mois après
un Germanico attribué de façon très douteuse, quasi-imposture puisque l'hypothèse de la paternité haendélienne est très contestable (et ce même si l'interprétation est assez enthousiasmante), voici une vraie nouveauté mais, cette fois, c'est l'interprétation que l'on peut déplorer.
Il pastor fido n'est pas l'œuvre la plus connue du compositeur natif de Halle. Composée en 1712 elle se base sur un livret de Giacomo Rossi, inspiré du fameux poème de Guarini qui inspirera aussi Le Berger fidèle de Rameau, œuvre peut-être plus marquante. Mais cet opéra en trois actes de 1712 est une œuvre charmante, malgré son insuccès à l'époque (il était difficile de ne pas décevoir après le choc Rinaldo !), et alors que la version fortement remaniée en 1734 eut un bien plus grand succès (un enregistrement existe par
McGegan chez Hungaroton, pas aussi décevante qu'on pourrait le craindre notamment grâce à Paul Esswood, mais on attend un peu plus de mordant tout de même).
La version 1712, donc, est de son côté ici jouée pour la première fois. Mais Harmonia Mundi a confié cette tâche difficile qu'est la résurrection d'un opéra sous forte influence italienne, par ailleurs riche en parties orchestrales, et d'une continuité dramatique parfois peu évidente, à un jeune ensemble britannique, La Nuova Musica, dont le tempérament est bien pâle pour habiter ces pages que l'on attend avec beaucoup plus de couleurs, de relief, que le résultat ici proposé. Mention passable, donc, pour les musicien de David Bates, jeune contreténor passé peut-être un peu hâtivement à la direction musicale. Les solistes ne sont pas sans responsabilité dans ce tableau bien gris, et si Lucy Crowe, décidément toujours convaincante, tire tout de même son épingle du jeu, le reste du plateau sonne comme l'ensemble orchestral d'une façon bien lisse et pâle, sans véritable direction ni intention dramatique, tout le contraire de ce qu'on attend d'un opéra...
Pour ne pas être trop sévère, il faut reconnaître la difficulté que représente un tel enregistrement, si ambitieux, pour de si jeunes musiciens. Mais la tâche d'Harmonia Mundi comme de tout label aurait été de les protéger, de leur confier des pièces plus brèves peut-être et de les laisser mûrir, avant de les amener à ce type de partition. Et malgré la qualité du produit, de la prise de son, du livret, l'échec musical est aussi partagé par un éditeur qui a manqué de discernement.