Annoncé et souhaité par la majorité des vieux fans du groupe comme un retour à des sources plus pop après Kid A/Amnesiac, Hail to the Thief n'est pas exactement un album de pop. Bien sûr, les chansons y sont plus ramassées que par le passé, et on les fredonnera plus facilement sous la douche que les constructions d'Amnesiac. Pour autant, Hail to the Thief n'est pas un retour vers la simplicité des débuts. Ce serait plutôt une étape supplémentaire dans la maîtrise de soi, la fin du passage vers la maturité, entamé avec OK Computer. Le passage emprunté par Radiohead pourrait être un peu celui que le Velvet Underground avait pris entre White Light/White Heat et son troisième album, éponyme : un passage entre un mur du son expérimental et une sérénité de surface, bien plus insidieuse.
Hail to the Thief est cet album de pop hybride, nourri de détails microscopiques, gavé de jolies mélodies un peu folles, qui se dévoile chaque jour davantage et nous plonge dans notre propre intimité. La magnifique complainte Where I End and You Begin joue constamment avec nos sens : chanson écologique, chanson amoureuse, chanson sur la paternité ? Autant de pistes qui troublent, exactement de la même manière que le font des albums comme A Love Supreme de John Coltrane, Five Leaves Left de Nick Drake, Closer de Joy Division .Ces chansons-là, se dit-on à chaque écoute, ont été écrites spécialement pour nous (et spécialement pour nous dérouter). Un vieux sentiment d'adolescent découvrant la musique qui, devenu trop rare avec les années, n'en est que plus épatant.