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4.0 étoiles sur 5
le domaine astral / voyage sans retour, 20 juin 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hallucination Engine (CD)
Material est l'une des incarnations et le plus ancien des projets de Bill Laswell, bassiste, compositeur et producteur américain qui multiplie depuis le début des années 70 les collaborations avec nombres de musiciens, que ce soit en tant que bassiste, compositeur ou en tant que producteur. Il a ainsi travaillé avec des artistes aussi divers que Brian Eno, David Byrne (pour le séminal "My Life In The Bush Of Ghosts" en 1981), John Zorn (le saxophoniste fou, et l'un des musiciens les plus intéressants et novateurs de la musique actuelle), Ginger Baker, Daevid Allen, les Ramones, Public Image Limited, Yoko Ono ou encore Herbie Hancock et son fameux "Future Shock" de 1983; c'est d'ailleurs grâce à cet album que Laswell a vraiment percé et qu'il est devenu un musicien qui compte.
Evoluant dans les domaines du jazz, du funk, de la drum & bass, de l'ambiant, du dub ou de l'avant-garde, cet expérimentateur à l'ouverture d'esprit sans limite, très marqué par Miles Davis, mais aussi grand fan de reggae, de musique afro-américaine, et même d'Iggy Pop ou du MC5, se plaît à faire entrer en collision ces différentes sphères musicales pour voir ce que ça donne... Une démarche autant pensée qu'aléatoire, qui aboutit à des albums hybrides souvent passionnants.
Cet album datant de 1994 comprends une liste impressionnante de musiciens (au nombre de 20 en comptant Laswell) : Jah Wobble (ex-bassiste de P.I.L.), Bernie Worrell, Bootsy Collins (le bassiste cosmique), qui font partie de son noyau de fidèles depuis des années, L. Shankar (violoniste sans lien de parenté avec le grand Ravi), Jeff Bova (synthétiseurs), mais aussi des légendes telles que Wayne Shorter ou encore Sly Dunbar, grand batteur reggae... Mais est-il besoin de présenter ces personnages ?
"Hallucination Engine" porte plutôt bien son nom, entre plages ambiant-dub aux délicats arpèges de guitare électrique ou survolés par le saxophone soprano de Wayne Shorter comme serpentant à travers un paysage de ruines antiques, trips-hop d'un nouvel âge où plane un violon oriental et parsemés de percussions exotiques (tablas, etc), titres un peu plus groove mais toujours en suspension entre désert de sable noir et voûte céleste aux milliards d'étoiles scintillantes : "Black Light", l'impressionnant premier morceau, d'une durée de 7'33" (tous les titres de cet album sont assez longs d'ailleurs, à l'exception de "Words Of Advice" slammé par William S. Burroughs, l'écrivain halluciné), "Cucumber Slumber", remix d'un titre de Weather Report (sur "Mysterious Traveller"), "Eternal Drift" ou encore "Shadows Of Paradise" (très beau morceau final de 9'45") sont autant de titres évocateurs et autant d'invitations à un voyage intérieur qui est comme une lente dérive vers un monde perdu éclairé par un gigantesque soleil rouge sombre...
Le sommet de l'album est le morceau intitulé "The Hidden Garden/Naima" (d'une durée de 13 minutes) : une des compositions les plus impressionnantes que je connaisse, avec ses montées en puissance et son chant étrange, incantatoire, chanté en arabe, comme un appel pour un rassemblement au sommet de la montagne magique... Idée géniale : la fin du morceau, d'un recueillement et d'une mélancolie déchirante, est en fait la reprise du "Naima" de John Coltrane (figurant sur "Giant Steps"), légèrement transformé et qui s'enchaîne à merveille avec le reste.
A noter aussi que le deuxième titre, "Mantra", a été remixé par The Orb dans son incroyable voyage sonore, le double album de remixes "AA's Excursions Beyond The Call Of Duty Part 1".
Une musique au bord du monde...
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