Etonnant que ce coffret n'ait pas encore été commenté. Voila une oeuvre splendide des années italiennes de Haendel, servie à merveille par Gardiner et son équipe.
Agrippina a été composée en 1710 pour Venise. De par son extrême originalité, issue du mélange des genres alors promu par le goût vénitien, c'est un opéra à part dans sa production. Chronologiquement placé entre Cavalli et Vivaldi, Agrippina s'insère dans la chaîne prestigieuse des oeuvres exubérantes, dotées de livrets foisonnants, que la cité des Doges encouragea. On ne sait qu'admirer le plus, du subtil dosage des intrigues croisées, de la variété dos airs - bouffons, satiriques et tragiques -, des coups de théâtre incessants, mais aussi de l'extrême diversité des accompagnements musicaux, avec mise à l'honneur de certains instruments solistes. Ceux-ci dynamisent à tour de rôle les airs qu ils accompagnent d'une puissante charge poétique. On plonge dans le débridement le plus complet, la fantaisie à l'état pur. Les airs longs ou courts se succèdent sans paraître obéir à un schéma ou à des règles quelconques, les ariosos ajoutent à la souplesse de la déclamation.
Le disque est servi par des interprètes tout à leur affaire, y cømpris le très sophistiqué Derek Lee Ragin. Celui-ci campe un Néron juvénile, prince manipulé par sa mère, pivot de l'intrigue campée par Della Jones. Le reste de la distribution est excellent. Donna Brown réussit d'étincelants chapelets de vocalises . Anne Sofie von Otter, guest star, vient in extremis clore en Junon cette énorme fresque par un petit air de circonstance. S'ajoute à ce feu d'artifice l'engagement de John Eliot Gardiner qui mène son intrigue tambour battant et surtout nous régale d'un orchestre d'un envoûtant raffinement.
Les arias de cet oeuvres à eux seuls pourraient servir à une compilation magnifique. A posseder par tout bon haendelien qui se respecte.