D'emblée, cet enregistrement pose un problème de casting. Le rôle-titre est un rôle de castrat à la tessiture de soprano : passe encore de le confier au contreténor Max Emanuel Cencic, parce que c'est un des meilleurs, et il s'en tire honorablement, mais le rôle d'Adolfo est écrit pour UNE soprano, et Philippe Jaroussky, malgré tout son talent et son joli timbre, n'est pas crédible. En revanche, le rôle de Rosimonda est écrit pour une mezzo, mais on le confie à une soprano, Marina de Liso, qui l'assume assez bien, sauf certaines notes de poitrine vraiment pas belles. Malheureusement, comme elle a de l'énergie et un timbre assez raide - et desservie en cela par une prise de son dure et inconfortable -, elle paraît beaucoup plus virile que son contreténor d'amoureux ! Enfin, last but nost least, le rôle de Gernando, bien qu'écrit pour une contralto, est confié à un troisième contreténor, Xavier Sabata, qui n'en peut mais, à part d'affreux glissandi et autres bruits de gorge. Bref, c'est trop de contre-emplois, et on ne comprend pas ce que Diego Fasolis a prétendu faire dans ce jeu de passe-passe.
Heureusement, la soprano Sophie Karthäuser est une Clotilde très satisfaisante (encore que son "Combattuta da due venti", acte II scène 8, pâlisse de la comparaison avec celui de Sandrine Piau en récital avec Christophe Rousset). Convenables aussi la basse In-Sing Sim (Gustavo) et le baryton Fulvio Bettini (Teobaldo), et la direction d'orchestre de Fasolis est très vigoureuse, plus engagée - mais aussi plus lourde - que celle d'un Alan Curtis. Signalons enfin l'absence de traduction française du livret, devenue habituelle chez Virgin, pour compléter notre déception.