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4.0 étoiles sur 5
Une référence sérieuse, 1 mars 2012
Plus connu sous le nom de "Sosarme", ce "Fernando" ne contient aucun air exceptionnel, ni aucun air banal : c'est un opéra sérieux, bien construit, qui valait d'être revisité. Rarement un plateau, pourtant nombreux (sept rôles), aura été aussi homogène : personne ne démérite, personne ne tire la couverture à soi. Cela dit, des deux contreténors, dont les timbres sont opportunément bien différenciés, Max Emanuel Cencic (Sancio) l'emporte sans conteste par la clarté du timbre, la qualité de l'émission - ses aigus, notamment dans les ornements, ne sont jamais tirés ni serrés (cf. "Sincero affetto" (acte III, scène 4) - sur un Lawrence Zazzo (Fernando) que son manque de puissance fait répondre trop timidement à la noble grandeur des cors dans "Alle sfere della gloria" (acte II, scène 9) : une fois de plus, quand on n'a pas un contreténor exceptionnel, mieux vaut une mezzo.
C'est ce que démontre Marianna Pizzolato, qui assure très honorablement le rôle d'Isabella, même si on la voudrait parfois plus expressive, comme dans "Cuor di madre" (III,3), où il est vrai le violon solo trop bavard casse un peu l'émotion. La soprano Veronica Cangemi (Elvida) donne elle aussi largement satisfaction, avec à peine un peu d'instabilité de la couleur dans la partie A de son beau "Dite pace" (I,11), et une émission un peu pincée dans "Vorrei, ne pur saprei" (III,8).
Au second plan, Antonio Abete est parfait dans le rôle du méchant Altomaro, avec sa basse bien timbrée et sa caractérisation jamais caricaturale, et les deux ténors sont plus qu'honnêtes : Filippo Adami (Dionisio), malgré des accents parfois exagérés qui nuisent à son legato, a le timbre un peu agressif qui convient à son rôle, et bien distinct de celui de Neal Banerjee (Alfonso).
Comme toujours, la direction de Curtis est précise, avec des tempi justes (celui du beau duo "Per le porte del tormento" (II, 8), est idéal, plus lent que celui qu'il avait adopté en récital avec Joyce DiDonato et Patrizia Ciofi), mais elle est un peu monotone dans le bon goût : pas de prise de risque. Un reproche à la présentation : comme de plus en plus souvent, pas de traduction française du livret, ce qui, même pour un anglophone convenable, peut gêner, par exemple pour apprécier si l'impression de paix profonde donnée par l'air "Fra l'ombre e gli orrori" (I,5) est un contresens par rapport à la noirceur du texte et du personnage d'Altamiro.
Au total, cet enregistrement, dont la prise de son est très bonne, fournit une bonne version de référence qui s'écoute sans délire d'enthousiasme, mais sans ennui non plus.
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